Interview : De Profundis

Posté le : 20 juin 2016 par dans la catégorie Interviews
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De Profundis vient à Paris avec Nemost qui boucle sa tournée européenne. Je leur ai donc proposé de passer en interview avec Sons Of Metal et ils ont acceptés. Je suis donc avec ShoiShen, guitariste de De Profundis et vous allez apprendre d’intéressantes nouvelles.

Sons Of Metal : Bonjour ! Pouvez-vous présenter votre groupe pour les lecteurs de Sons Of Metal qui ne vous connaîtraient pas?

ShoiShen : De Profundis existe depuis 2005. Craig (chanteur) en est le fondateur et j’en fais partie depuis 2006. Le premier album est quant à lui sorti en 2007 et nous avons aussi fêté nos dix ans l’année passée. Depuis septembre dernier, le quatrième album est disponible et nous sommes en train de travailler sur le cinquième. Pour les personnes qui ne nous connaîtraient pas, De Profundis joue du Metal extrême, que ça soit du Black, du Death, du Doom… Un peu de tout en fait.

Le nom du groupe fait référence au psaume religieux de mise en terre des défunts ? Comment vous est venu ce nom ?

ShoiShen : Le nom a été trouvé par Craig en hommage à Abruptum (Black Metal) qui ont écrit un morceau justement appelé De Profundis. Vader aussi d’ailleurs qui a son deuxième album appelé De Profundis. Craig voulait un nom qui n’a pas un gros visuel pour que notre musique puisse évoluer avec lui. On ne voulait surtout pas trouver un nom super gore et être coincés cinq ans après parce qu’on a un nom qui ne colle plus avec la musique présentée. Ce nom nous va bien parce que nous sommes sombres, pas joyeux.

Lors de la sortie de l’EP, vous aviez déjà les pistes de Kingdom Of The Blind mais vous avez attendu de trouver un label pour sortir l’album. Pourquoi ce choix ? Comment s’est passée cette rencontre ?

ShoiShen : L’EP Frequencies est sorti en 2014 et nous avons enregistré l’album en même temps. Cela faisait partie de notre stratégie pour rester durant une longue période dans les médias. Pour un groupe de notre taille, c’est compliqué de durer après un album. Tu fais quelques dates et ensuite, tu dois recommencer à zéro. Nous voulions utiliser une seule session d’enregistrement pour durer sur dix-huit à vingt-quatre mois après la sortie de l’album, tout en nous laissant le temps de préparer un nouvel opus. Et c’est ce que nous avons fait, nous avons déjà fini notre nouvel album. Après, c’est vrai qu’on a un peu eu du mal à trouver un label puisqu’on a quitté le précédent avec qui nous avions eu deux albums et nous voulions bouger. On a donc trouvé un petit label mais on se rend compte maintenant qu’il n’a pas ce qu’il nous faut. On va donc prendre le temps pour le prochain album de chercher le label qui, selon nous, fera avancer De Profundis comme nous le souhaitons.

On voit de plus en plus de groupes en ce moment qui lancent des financements participatifs pour produire leur album, un clip… Est-ce que vous y aviez réfléchi avant de produire votre dernier opus ?

ShoiShen : Sincèrement, oui. Nous en avons parlé sérieusement. Nous n’avons pas la même position au sein du groupe, certains sont pour alors que Craig et moi sommes plus old school. Je trouve cela dérangeant et dommage d’en passer par là. Quand nous avons besoin de quelque chose, nous le finançons nous-mêmes. Par contre, je sais que des groupes le font et ce n’est pas une mauvaise chose. Il faut que ça soit raisonnable. Que ça soit utilisé par les petits groupes, oui, mais que des groupes comme Megadeth s’en servent, c’est manquer de respect aux gens. C’est pour l’instant un outil que nous n’utiliserons pas, mais un jour qui sait ? Peut-être qu’un jour nous serons dans une situation qui ne nous laissera pas d’autre choix. Mais pour le moment, non.

Est-ce que vous pensez offrir un deuxième clip à vos fans après Twisted Landscape qui date de trois ans ? Si oui, avez-vous déjà songé au titre qui serait opportun ?

ShoiShen : Twisted Landscape date un peu, il est vrai, puisque c’est vieux de trois ans maintenant. D’ailleurs, à l’époque, c’était encore l’ancien line-up. On va en faire une de vidéo, très bientôt, c’est Arran qui s’en occupe. On ne sait pas encore si c’est pour un morceau de Kingdom Of The Blind ou si nous allons attendre le prochain album. Mais ce sera probablement Kingdom car on se dit qu’une présence sur YouTube est extrêmement importante. Un des problèmes que nous avons constaté, c’est le peu de personnes qui nous suivent sur YouTube tout simplement parce qu’il n’y a pas assez de contenu sur notre chaîne. Effectivement, quand quelqu’un qui ne connaît pas le groupe va sur YouTube, il tombe en premier sur Vader et pas sur nous, cela ne nous aide pas. Mais nous allons nous en occuper pour avoir plus de gens sur YouTube.

Si on regarde les paroles des chansons, ce n’est pas forcément très joyeux. Vous n’avez jamais envie de laisser tomber les thèmes de la mort pour passer sur quelque chose d’un peu plus optimiste ?

ShoiShen : Nous sommes un groupe de Metal extrême donc nous ne sommes jamais dans les thèmes joyeux. Si tu parles avec notre chanteur Craig qui est un mec super cool mais qui est à la base quelqu’un d’assez négatif dans sa manière de penser, quand on lui pose une question pour lui, ça va toujours mal se passer. Si on lui demandait : ‘’Tu penses qu’il y aura du monde au concert ce soir ?’’, il te répondrait : ‘’Non’’. Craig et moi nous considérons plutôt réalistes que pessimistes. On se dit que tout va merder pour ne pas être déçus.

Dans vos morceaux, on peut ressentir quelques fortes influences comme Morbid Angel sur All Consuming ou Iron Maiden sur Kingdoms Of The Blind. Avez-vous l’impression d’avoir gagné une aura dans le Metal depuis Frequencies et qui continue d’augmenter avec Kingdom Of The Blind ?

ShoiShen : Nos influences ? J’ai un ami qui m’a dit un jour : ‘’On ressent vos influences mais ce sont des influences bien digérées’’. Nous avons fini par arriver à un niveau où on sait qu’on a fait un morceau similaire avant mais on se dit que se refaire soi-même ça n’est pas un problème. Maiden a d’ailleurs fait sa carrière dessus. Effectivement, on a bien des influences comme Morbid Angel mais Death aussi. Après, pour Iron Maiden, on te dirait que c’est plus la manière de faire les choses. Oui, on commence à avoir une petite aura puisqu’il m’arrive de lire des interviews de groupes plus jeunes qui nous citent en influence. On trouve ça gentil mais ça me fait bizarre parce qu’on ne se voit pas à ce niveau-là. Pour prendre une comparaison, même Dave Mustain (Megadeth) se dit qu’il n’est pas encore arrivé au niveau de Metallica alors qu’il a pourtant une carrière brillante. Quand tu es musicien, tu n’es jamais au niveau qui te satisfait. Tu cherches toujours à aller plus haut mais c’est important car si tu ne le fais pas, tu ne survis pas. C’est vrai qu’après quatre ou cinq albums, nous commençons à avoir des musiques variées et surtout, on ne peut pas nous coller une étiquette pour ne pas faire les choses comme les autres.

Vos pochettes d’albums sont toujours très décorées mais la patte graphique fait assez ’’brute’’. Y a-t-il une raison particulière à cela ?

ShoiShen : Costin (leur graphiste et celui de At The Gate, Mayhem) travaille avec nous depuis le troisième album (The EmptinessWithin – 2012) et c’est complètement dans son style : un peu dépouillé. Pour la petite anecdote, c’est d’abord Craig qui a amené le concept de Kingdom Of The Blind et c’est Costin qui s’est chargé de le terminer. D’ailleurs, nous le voulions plus Metal car le précédent était un peu trop simpliste et passe-partout. Pour le prochain, nous allons décoller de cela. Nous avons une optique un peu différente, un peu plus visuel et old school dans le style des pochettes de Death Metal des années 90.

Que ressentez-vous de jouer à nouveau à Paris ? La classeriez-vous parmi vos villes préférées pour donner un concert ?

ShoiShen : C’est la quatrième fois que nous venons à Paris. Sur ces quatre dates, deux étaient des dates faciles. Étant parisien moi-même, j’adore venir jouer à Paris. On a toujours eu une superbe réception quand nous venions à Paris et même, plus généralement, en France. Il suffit de regarder les chroniques des albums pour s’en rendre compte, il y a une appréciation pour ce qu’on fait. Nous étions extrêmement impatients de venir rien qu’après avoir vu le nombre de préventes.

Tiens, c’est drôle que tu me parles de l’Angleterre. Que penses-tu du Metal britannique actuel ?

ShoiShen : Le Metal britannique, au niveau de la scène, c’est d’abord très différent d’ici. Pour te donner un exemple, quand j’étais au bahut, il y a donc un certain temps déjà, j’écoutais Death et d’autres groupes dans le même style. Death n’était pourtant pas si médiatique à cette époque et pourtant une grosse influence pour beaucoup de gens. Si on regarde en Angleterre, on s’aperçoit qu’en fait ils n’ont pratiquement jamais percé. Le public anglais serait à définir comme suiveur de mode plutôt que de dire : ‘’Je vais écouter ça pour découvrir’’. En France, c’est l’idée inverse qui prime : vous préférez découvrir plutôt que de vous le voir imposé. Et puis bon, des fois, tu écoutes des groupes en Angleterre et tu te dis : ‘’Bon Dieu, les gars ce n’est pas terrible’’. Alors qu’en France, tous les groupes avec qui nous avons joué ont un super niveau et jouent bien ensemble.

Étant un guitariste français parmi un groupe britannique, vous devez avoir une certaine vision de la Grande-Bretagne. N’est-ce pas trop difficile d’être expatrié ?

ShoiShen : De Profundis est basé en Angleterre mais nous ne sommes pas vraiment Anglais dans notre optique. Nous avons tous des nationalités différentes (indo-française, sud-africaines, irano-irlandaise, écossaises et irlandaises) mais nous nous considérons avec une mentalité internationale. On est donc finalement simplement basés à Londres et pas véritablement Anglais. Et puis dans tous les cas, je reste avant tout Français parce que je suis très attaché à ce pays.

Le mot de la fin ?

ShoiShen : Merci, que ce soit à toi, à Sons Of Metal Webzine qui nous suit depuis pas mal de temps, on trouve cela très sympathique. Merci aussi au public français de toujours nous recevoir favorablement et je suis sûr que ce soir ne fera pas exception. Nous sommes super contents de retrouver les amis de Nemost et de Synphobia pour partager la scène. Je pense que ce soir nous allons tout donner et que le public va être super chaud. Et pour finir, on va terminer ce nouvel album rapidement, on l’espère, pour prévoir une grosse tournée européenne avec plus de dates en France.

Interview réalisée par Diamond, le 4 juin 2016 au Studio Campus (Paris)