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Longwy, petite ville de 14 000 habitants, quasiment à la frontière de la Belgique et du Luxembourg. Petite bourgade d’apparence tranquille qui surplombe la vallée du haut de ses remparts et qui pourrait très bien inspirer le calme et le repos. Mais c’est souvent dans ce cadre que l’on développe les meilleurs festivals et sur le coup, ça n’a pas manqué car au cœur des remparts se déroule tous les ans le Rock’n’Roll Train Festival ! Nous y avions déjà passé des moments forts agréables l’été dernier en compagnie de groupes tels que No One Is Innocent, Pro Pain, Crucified Barbara ou encore l’Opium du Peuple, alors pas question de louper cette édition 2016 qui s’annonçait magnifiquement alléchante !

Après quelques heures de route depuis Paris, nous retrouvons le site du festival ce vendredi et rien n’a changé : c’est toujours un cadre magnifique en plein cœur des remparts, une longue coulée d’herbe verte bordée d’arbres et de stands de boissons et de nourriture diverses, le tout menant à la grande scène sur laquelle vont défiler les groupes.

IMG_3218Pour ce samedi matin, on commence en douceur au stand de café en observant de loin avec un regard amusé le spectacle des Mini-vengeurs. Car, oui, c’est un spectacle pour enfant qui inaugure cette édition 2016 du Rock’n’Roll Train et rien que pour cette dimension familiale, le festival est déjà validé ! Sirotant un breuvage noir à la caféine, on suit les histoires de rêves aux méchants monstres combattus par les Mini-vengeurs, le tout porté par une musique à la guitare sèche et à l’accordéon sous les yeux attentifs des quelques gamins déjà présents sur place. Ce n’est certes pas metal du tout et cela ressemble à beaucoup de choses que l’on ne pensait pas voir en festival, mais c’est l’assurance d’un grand sourire dès le matin et ça, ça ne se refuse pas !

Snap Border

Voici le groupe qui va vraiment ouvrir cette édition 2016 du RnR Train : Snap Border !  Venu de Nancy, le groupe donne dans un Metal moderne, énergique et aux ambiances travaillées. Et comment vous dire que, pour une entrée en matière, c’est une grosse claque ! Peu de groupes peuvent se montrer rapidement si convaincants, tant dans la façon d’aborder la musique que de la vivre sur scène. On sentira de nombreuses influences de groupes de Neo, de mélodique qui feront planer les adeptes du style alors que sur scène, les gars sont dans leur univers, même si le public est assez réduit à cette heure encore matinale. Il semble évident que leur raison d’être sur scène est de transmettre cette énergie positive au public quoi qu’il arrive, même si une sangle lâche une basse ou autre, ça envoie ! Je ne serais sans doute pas très objectif sur ce groupe car leur album tourne en boucle depuis une semaine mais si vous avez l’occasion d’aller les voir, n’hésitez surtout pas !

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Seyminhol

Voici maintenant un groupe que nous avions déjà pu écouter chez Sons Of Metal et dont nous attendions de pouvoir les voir en live pour goûter à cette aventure shakespearienne qu’est Seyminhol. Car oui, le groupe a basé son dernier album, The Wayward Son, sur l’œuvre Hamlet du célèbre dramaturge britannique. Le tout se fait évidemment sur une musique fortement mélodique, voir dramatique, pour porter ces récits épiques. Autant vous dire que vous avez intérêt à aimer le style pour pouvoir accrocher au concept. Mais c’est une question de goût et une fois la sensation passée, le groupe nous montre une musique vraiment fort sympathique aux accents grandioses et non grandiloquents. On aurait toutefois aimé un peu plus de Shakespeare sur scène pour pouvoir mieux comprendre ce qu’il se passe en dehors des quelques têtes de morts que l’on verra passer. Il s’agit sans doute d’un groupe qu’il sera plus intéressant de voir sur un concert complet que dans le cadre d’un festival.

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The Last Wanted

IMG_3556Changement de registre avec The Last Wanted qui nous plongent dans un Hardcore puissant, violent et tranché ! Vous ne voyez pas le rapport avec les précédents groupes ? C’est tout à fait normal, il n’y en a pas, mis à part qu’ils sont très bons dans leur style ! Alors c’est parti pour une demi-heure de violence à grand coups de riffs inspirés des groupes américains les plus violents et renforcés pas des cœurs quasiment « punk » chantés par tous les musiciens. Il n’y a pas à dire, The Last Wanted a de quoi remuer les foules et à la vue du T-shirt du chanteur, on ne manquera pas de faire la comparaison avec Madball que l’on verra plus tard dans la soirée (et il y a fort à parier que les deux groupes seront très contents de se croiser en backstage). Mais il n’y a pas que cela. Les gars assurent sur scène avec une prestance adaptée à leur Punk-core qui ravira le public, même les planqués à l’ombre des arbres… Mais on dira qu’entre le pogo et l’insolation, il faut parfois choisir !

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Burning Heads

IMG_3785Après une attente un peu longue du fait que les Oil Carter n’ont pas pu assurer leur concert à cause d’embouteillages, nous arrivons sur le set de Burning Heads qui nous envoie dans une musique définitivement Rock dans le style mais Punk dans l’âme ! Ça sent fortement le soleil de Californie et ce genre de programmation s’intègre d’ailleurs particulièrement bien à cette après-midi de festival où le soleil commence à fortement taper la scène et le public. Le tout donne une bonne ambiance d’été à ce début de juillet. On se demande tout de même pourquoi les gars n’ont pas commencé à jouer plus tôt alors que les balances étaient finies quasiment une demi-heure avant le début du set. Et l’on touche là un des seuls points négatifs du festival, l’attente des changements de plateaux sur l’unique scène du site. C’est un peu long en temps normal mais le moindre problème technique (ou humain) le fait directement sortir du raisonnable. Mais nous parlions de Burning Heads, n’est-il pas ? Alors retournons sous le soleil du Punk-Rock californien, heu… Non, Orléanais, en fait. Ce sont là de vrais musiciens punks dans l’âme qui n’hésitent pas à monter torse-nu sur scène pour jouer malgré le soleil qui tape (et je ne vous dis pas les coups de soleil que certains ont dû prendre, ce sont les dermatologues qui doivent se frotter les mains !) mais après tout, c’est quoi des vacances sans prendre des coups de soleil devant un concert de Rock ?

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Nitrogods

On continue avec du Rock qui tâche sévère amené par les Nitrogods. Même si la fosse et la scène sont en plein cagnard, le trio allemand semble ne pas trop s’inquiéter et balance la sauce comme de vieux routards. Et l’on pourra d’ailleurs se dire que nous les verrions bien jouer dans un bar de motards tant ils ont la dégaine à la Harley Davidson, n’en déplaise au logo BMW collé à la basse. Les Allemands nous font des motos classes mais Nitrogods sent vraiment la Road 66 à plein nez. Cette impression serait-elle renforcée par le gobelet de bière accroché au pied de micro du chanteur ? Il est fort probable que ce soit le cas, mais c’est avant tout à la musique que l’on juge un groupe et avec un Rock’n’Roll oscillant du Blues au quasi Motörhead, ça sent fort l’huile de vidange dans la fosse à Longwy ! Et qu’est-ce que ça envoie ce genre de musique. Pas besoin de connaitre par cœur, c’est inscrit dans nos veines, ça bouge et l’on ne peut que suivre, une bière à la main pour le plus grand bonheur de tous, sans se prendre la tête.

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The Inspector Cluzo

IMG_4091Ils sont deux purs produits du terroir français et quand ils ne font pas du foie gras, ils nous font un raffut d’enfer à eux seuls. Voici ce qui pourrait définir The Inspector Cluzo. Mais rentrons un peu dans les détails. Sous ce nom un poil énigmatique se cachent un batteur et un guitariste qui nous jouent un Rock totalement déjanté aux envolées lyriques à la U2 et à l’âme rocailleuse comme on les aime. Même s’ils ne sont pas Metal à proprement parler (et les lascars ne manqueront pas de nous rappeler que leur public est un peu plus calme d’habitude) la musique de The Inspector Cluzo s’intègre particulièrement bien en festival Letal. Leur dernière expérience du style étant d’ailleurs un passage sur la Stage 3 du Download Paris. Mais pourquoi me direz-vous ? Et bien déjà, si musicalement ce n’est pas du Metal, ça reste de l’excellent Rock et une musique parfaitement bien léchée qui se laisse écouter sans le moindre mal. Mais c’est surtout la prestance scénique de Malcom, à la guitare et au chant, et de Phil, à la batterie et aux chœurs, qui fait que leur show est si bien accueilli en festival. Le fait de n’être que deux sur scène force le duo non seulement à nous faire une musique encore plus forte (et il est dur de croire qu’ils ne sont pas plus tant que l’on ne les a pas vus sur scène) mais aussi à communiquer beaucoup plus avec leur public, et donc à créer cette ambiance particulière de « copains-copains » avec de bonnes tranches de rigolades comme on devrait en voir plus souvent ! Certes, le formule est différente de ce à quoi l’on s’attend mais en fin de compte, les Inspector Cluzo sont là pour nous faire passer un bon moment et surtout nous transmettre cet amour de la musique qui transpire d’eux à chaque note. Rien que pour cela, c’est un groupe à ne manquer sous aucun prétexte !

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Dagoba

IMG_4173Retour aux choses sérieuses avec Dagoba. Ou plutôt, devrais-je dire, aux choses violentes comme on les aiment ! Et comme il y a des sujets qui fâchent, autant les attaquer de suite pour en être débarrassé. Oui, Dagoba est toujours Dagoba après les récents changements de line-up et, non, le groupe n’est en rien diminué. Bien sûr, la prestance derrière les futs n’est pas la même mais nous essayons de comparer Francky Costanza à Nicolas Bastos, deux tueurs nés, des bêtes de scène à la carrure à peine humaine tant ils imposent leur rôle de batteur et y font vivre la musique de Dagoba. Alors non, ce n’est pas la même chose mais on ne peut pas vraiment comparer tant le rendu global est magnifique. Et si vous êtes un fan de Francky, allez donc écouter Blazing War Machine, ça vous fera le plus grand bien.

IMG_4194Nous disions donc… Ah oui, Dagoba ! Et bien les presque-marseillais sont égaux à eux même, là où ils passent, les fosses se déchaînent et c’est à bras tendus qu’ils sont accueillis par le public. Le show est toujours aussi bien rôdé, dynamique, chiadé. Un pur moment de bonheur et de recueillement dans la violence. Le cadre, bien sûr, ne permettra pas des walls of death comme le groupe a déjà pu en faire au Hellfest par exemple, mais il est à noter que c’est le groupe sur lequel les agents de sécurité ont découvert le slam dans une fosse Metal. J’en profite au passage pour remercier les gars qui ont su réceptionner des métalleux dans leurs bras toute la soirée, tout en gardant le sourire devant ce déluge de pratiques auxquelles nous ne les avions pas forcément préparés. Vous avez géré ! Et quand on parle de gérer dans le pit, ce ne sont pas les seuls car c’est aussi le grand jeu de Shawter de venir chanter au plus près de ses fans, sur la barrière pour le plus grand bonheur de tous ! Sauf peut-être de l’ingénieur du son au moment où une dizaine de spectateurs du premier rang entament en chœur un refrain dans le micro. Mais ça fait partie des risques du métier, non ?

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Lacuna Coil

IMG_4541Le soleil quitte petit à petit les remparts de Longwy, laissant la forte chaleur accumulée pendant la journée retomber un peu. Mais ce n’est qu’une illusion car la programmation ne nous laissera pas refroidir, notamment avec les Italiens de Lacuna Coil et la superbe voix de Cristina Scabbia. Et c’est avec un grand sourire que le groupe monte sur scène. Il faut dire, le Rock’n’Roll Train et son esprit « camp de vacances » semble avoir déjà conquis le cœur des Italiens que l’on a vu se balader au milieu du public pendant la journée. Il est maintenant temps de nous faire rêver. Passons tout de suite sur le point noir du show, le son de guitare aura vraiment du mal à trouver sa place dans le mix et il faudra faire abstraction de ce défaut pour profiter comme il se doit du spectacle. Visuellement, on peut tout de suite dire que ça en jette un max avec des tenues de scène tout droit venues de l’asile psychiatrique le plus proche. On a vraiment cette idée d’unité qui porte le groupe. Et pour une formation avec un duo vocal, c’est une chose qui est absolument non négligeable. Au milieu de cela, chaque membre réussi à apporter sa propre identité au show : un bassiste-clown perturbé, un guitariste sortant tout juste de sa camisole et headbangant comme il se doit. Non, il n’y a pas à dire, ils envoient tous du pâté à leur manière et l’ensemble n’en reste pas moins sacrément harmonieux. Les chansons sont là aussi pour mettre l’ambiance et faire voyager les gens, on citera notamment Spellbound qui envoie du lourd ou leur célèbre reprise de Enjoy The Silence (Depeche Mode) qui s’avère délicieuse en live ! Du grand spectacle qui aura donné le sourire aux musiciens mais aussi aux festivaliers.

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Madball

Bon, Lacuna Coil, c’est beau mais il est temps de repasser aux choses plus violentes et quoi de mieux que les Américains de Madball pour cela ? De la violence, ils en ont à revendre. D’ailleurs Freddy Cricien, leur chanteur, fait partie de ces gars qui ne tiennent pas en place sur scène et vivent leur musique en courant d’un bout à l’autre de la scène, sautant et même en allant dans la fosse pour chanter ! Sérieusement, ce gars fait le concert à lui tout seul ! Il est d’ailleurs assez dur pour les autres membres du groupe de se faire remarquer derrière un énergumène comme ça et nous aurions presque l’impression qu’ils sont gênés pas leurs instruments et ne peuvent pas totalement suivre l’énergie qu’ils distillent dans leur musique. Mais attention, il est important de noter que cela reste une impression car les gars tabassent grave et assurent une musique des plus violentes pour le plus grand bonheur des slameurs. Alors, certes, ils bougent moins que leur chanteur mais un mur de son comme ça avec cette qualité d’exécution, ça impose le respect. Petit détail, quand je vous ait dit que les gars de The Last Wanted devaient être contents de pouvoir croiser les Madball sur le festival, devinez quel T-shirt porte Freddy ?

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Le Bal des Enragés

IMG_4756Il est bientôt deux heures du matin et nous approchons du dernier groupe de cette édition 2016 du Rock’n’Roll Train. Enfin, le dernier groupe, nous devrions plutôt dire la dernière troupe. Si jamais vous ne connaissez pas encore Le Bal des Enragés, imaginez un regroupement de punks, vous leurs retirez les bières des mains et vous y glissez guitares, basses, batteries et micros afin qu’ils reprennent les plus grands morceaux de Punk des années 80. Vous avez l’image ? Maintenant, dites-vous que ces punks sont tous issus des plus grands groupes de Punk et Metal de la scène française et qu’ils sont là pour se taper une bonne tranche de rire avec nous. Oui, voici un super-band de punks avec Niko Jones (Tagada Jones), Poun (Black Bomb A) et beaucoup trop de grands noms pour que je vous les cite tous (et d’ailleurs, beaucoup trop de monde pour pouvoir tous les reconnaitre sans l’aide de Wikipédia.) On notera quand même des musiciens qui sont passés sur cette même scène l’année dernière avec leurs groupes respectifs comme Bobby Hambel, guitariste de Biohazard, ou Stéphane Buriez que nous avons vu avec Loudblast.

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Et si vous n’étiez pas convaincus de la magnificence de ce show qui nous en met plein les yeux rien que sur le papier, attendez un peu que je vous énonce comment ça s’est passé. Un vrai conte de fée raconté à la 86 où dans un monde où le Punk n’existe plus, certains se souviennent du bon vieux temps où l’on savait faire la fête. C’est à ce moment-là que la fée des punks débarque et exauce le souhait que tout le monde soit là pour un grand concert ce soir, et toute la troupe débarque sur scène. Bon ok, c’est surtout un prétexte à faire un show aussi vibrant que déjanté mais cette petite histoire nous fait bien rentrer dans le bain et débute magnifiquement le concert qui va nous retourner le cerveau. On retrouve cette ambiance « c’est la fête » que l’on avait eu sur l’édition précédente avec la clôture du festival par L’Opium Du Peuple, sans doute en un peu moins burlesque, bien qu’une créature étrange vienne animer la scène à grand coups de flammes et de bandeaux, mais encore une fois, l’organisation du Rock’n’Roll Train a trouvé LE groupe pour finir en beauté ! Une pure tuerie !

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Alors que retenir de cette nouvelle édition du Rock’n’Roll Train ? On laissera d’abord un petit bémol sur le fait de n’avoir qu’une seule scène et des changements de plateaux assez longs, surtout lorsqu’un groupe ne peux pas venir jouer. Même s’il est agréable d’avoir du temps pour discuter tranquillement avec les copains, une seconde scène plus dédiée aux groupes émergents, par exemple, pourrait facilement donner encore plus de cachet à ce festival, tout en restant dans cette idée de promouvoir les jeunes groupes comme ceux qui ont ouvert les festivités la veille ou en début de matinée. Mais à part cela, nous confirmons nos impressions de l’année dernière : l’un des points forts de ce festival est sans aucun doute le cadre magnifique dans lequel il est installé, un carré de verdure où l’on trouve aussi bien la place de pogoter, se reposer à l’ombre ou encore apprécier un concert d’un peu plus loin en mangeant une pizza, des sushis ou autre bonne boustifaille que l’on trouve à côté du stand de bière et au milieu de divers autres exposants pour un peu tous les goûts. Le second point fort réside dans la programmation, toujours au top qui sait rester diversifiée tout en gardant une ligne droite : pour qu’un groupe joue au Rock’n’Roll Train, il faut que l’organisateur l’adore et ça se ressent sur l’affiche ! Je conclurai que sur un point sensible : un an avant l’édition 2017… Ça va être long !

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Récit et photos : Eladan