Tarja – The Shadow Self

Posté le : 01 septembre 2016 par dans la catégorie Chroniques
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Genre : Rock mélodique - Sortie : 5 août 2016

Genre : Rock mélodique – Sortie : 5 août 2016

Ah Tarja, on l’aime ou on ne la supporte pas comme le disait Pat et Kouni dans le report du Sylak Open Air. Aujourd’hui, elle fête ses trente neuf ans, jour idéal pour commencer cette chronique de The Shadow Self. Donc, les copains de la région lyonnaise n’ont pas accroché. Les goûts et les couleurs sont difficiles à discuter et bien malin qui saura trouver une science exacte en matière de ressentis musicaux. Je fais partie de la catégorie de ses admirateurs mais malgré cela, je comprends un peu la position des copains, eux qui trippaient quelques minutes avant devant Exodus. C’est comme passer de la pizza mexicaine à l’hawaïenne, pas donné à tout le monde comme déplacement psychologique et gastronomique. La comparaison n’est pas de moi, rendons à César ce qui lui appartient, c’est le webmaster de la chaine Arte qui l’a trouvé et elle colle parfaitement à la situation. Rajoutons à cela que Tarja, par rapport à d’autres chanteuses de Metal dans des groupes symphoniques, se retrouve encore plus hawaïenne que les hawaïens, si j’ose dire. Je m’explique. Lorsqu’elle débuta sa carrière dans Nightwish, elle a été l’une des précurseur du genre, intégrant son chant lyrique dans des compositions où les orchestrations aux claviers sont très importantes. Depuis son exclusion du groupe en 2005, sa carrière solo prend un autre tournant, à tel point que l’on peut difficilement caser aujourd’hui son style dans le Metal symphonique. Tarja fait du Rock mais avec une voix lyrique et certains codes du milieu classique. Voilà le mariage qui fait sacrilège aux oreilles pour des amateurs de bon Rock bien gras, lourd, où la voix peut être mélodique mais au service d’un groove, d’une énergie brute. Voilà la tranche d’ananas dans la pizza qui en change le goût.

Je comprends ce point de vue et il est encore accentué par la volonté de la belle de plaire aux publics des festivals en aménageant des setlists plus musclées que dans ses tournées habituelles. Force est de constater que ça ne prend pas. Ce nouvel album est-il son meilleur comme l’affichent les sites qui le vendent ? Répondre par l’affirmative est pour moi difficile. Colours In The Dark (2013) était jusque-là son opus le plus réussi. Là, elle avait expérimenté une multitude d’options de morceaux en mid-tempo qui reflétaient pleinement la beauté de sa voix, sans qu’elle se force. Victim Of Ritual, Deliverance, Lucid Dreamer, Mystique Voyage, Medusa, c’était une véritable invitation au voyage. À part une ou deux exceptions moins recherchées, c’était un tout très agréable et on sentait cet album personnel. Avant cela, elle avait réussi un autre très bon album en 2010, What Lies Beneath, plus Metal que le suivant mais peut-être légèrement trop homogène. Il est cependant agréable et pas loin derrière Colours avec le magnifique Crimson Deep, titre pas assez entendu en live. Donc, une fois le décor planté, que vaut The Shadow Self ? Au niveau du thème, elle évoque le côté sombre de chaque personne, l’expression « sa propre ombre » vient d’Annie Lennox. Écriture personnelle pour les textes mais entourée au niveau de la composition musicale, plusieurs auteurs s’y mettent ainsi que le producteur Tim Palmer (Pearl Jam, David Bowie).

The Shadow Self semble démarrer avec la même classe que l’épisode précédent. Si le Bolero de Ravel servait alors de structure au premier morceau, cette fois-ci c’est une partition au piano de Chopin qui fait office de squelette sur Innocence. C’est un récital de notes et on assiste à un premier titre très réussi. Introduction tout en finesse, on entre dans une cathédrale dans une ambiance dramatique avant que la guitare et la section rythmique ne suivent et ajoutent du volume. Le refrain se montre bien entraînant et ces allers-retours du piano donnent toute sa couleur au morceau. Et puis il y a ce passage, après deux minutes quarante, où il est de nouveau seul, virtuose, une sorte de solo romantique encadré de deux silences. Puis le retour des instruments Rock soutenus par des orchestrations au synthé. Il s’en dégage un aspect grandiose. Une première très réussie.

Suit un morceau attendu, peut-être un peu trop à titre personnel : son duo avec Alissa White-Gluz promis sur Demons In You. C’est quand même le titre vraiment puissant réussi de l’album. L’introduction est astucieuse et différente de ce qu’elle avait déjà proposé, avec une guitare basse plus présente et une guitare en riffs légèrement funcky, avant de mettre plus de disto musclée. Volonté de mettre le paquet avec la copine growleuse, les voix collent bien ensemble mais Alissa y chante sur la fin sur plusieurs pistes. On entend une voix gutturale ainsi que des passages en voix claire, je pense qu’il y en a une de trop. On a droit à un beau passage instrumental aussi au milieu. Titre assez agréable mais pas le meilleur de l’album. Passons rapidement sur le trop entendu et pas fantastique No Bitter End pour passer à une autre perle : Love To Hate. Nous y retrouvons le piano, comme pour rappeler Innocence. C’est une ballade mais comme Tarja sait les réussir : avec de la puissance et une voix qui te transperce, surtout le final. Un titre qu’elle avait commencé à composer il y a plusieurs années mais qui n’était prêt que maintenant. Elle a eu raison d’attendre.

Il y a également la reprise de Muse, Supremacy. Là, c’est typiquement le morceau qu’il ne fallait pas reprendre. C’est dans ce genre de registre qu’elle en fait trop dans les vibratos et où on sent sa voix trop forcée, encore plus en live. Je mets d’emblée dans le même registre Calling From The Wild qui arrivera plus tard. C’est vraiment pour moi les deux titres dispensables de cet album. The Living End est aussi une ballade, on la sent travaillée et vraiment pas désagréable sans pour autant révolutionner le genre. Elle a un petit air irlandais/celtique qui change du reste de l’album. Puis vient le troisième sommet de l’album avec Diva. Les paroles sont-elles un message caché à l’attention de ceux qui lui reprochaient une attitude au sein de son ancien groupe ? C’est une rumeur qui court mais l’auteure dément, l’inspiration vient plutôt de la BO de Pirates de Caraïbes. Laissons-lui le privilège de l’interprétation. On est de nouveau dans ces mid-tempos qui lui réussissent, où on la sent s’épanouir avec des mélodies qui sortent de l’ordinaire et où les riffs d’Alex Scholpp et Julian Barrett (guitares) ne se répètent pas trop dans un registre similaire. Les orchestrations puissantes rapprochent légèrement ce morceau du registre de Nightwish. Eagle Eye avait été entendue dans son pré-album The Brightest Void chroniqué en début d’été, je n’en reparlerai pas pour passer directement à Undertaker, encore une réussite dans le même registre que Innocence, Diva ou Love To Hate. Troisième et dernière ballade, réussie également avec le titre final Too Many. À noter que c’est l’un des titres où intervient l’invité Chad Smith, le batteur des Red Hot Chili Peppers. Enfin, une surprise complètement décalée et vraiment dans l’esprit Tarja se cache en toute fin de disque. Après plusieurs minutes de silence, la chanson cachée Hit Song enchaine un riff et une frappe de batterie proche du Thrash avant de virer à de la Dance sur boite à rythme et de revenir au bourrin. Elle a mis quoi dans sa pizza ? Je ne sais pas. En tout cas, elle ne se trouve sur aucune carte d’aucun autre restaurant de la planète. C’est pour cela que certains aiment Tarja, et que d’autres ne la suivent plus.

Pour conclure, The Shadow Self est un album qui alterne le fantastique, le correct et le plus dispensable. Tarja cherche à semer même ses plus fervents admirateurs. Je vous avais déjà parlé de la pochette de The Brightest Void, cette fois-ci, elle récidive avec le verni mais en plus sur un fond blanc. Une connaissance me dit toutefois que sur le format vinyle, ça rend super bien en faisant un bel objet. Tarja cherche à tracer sa route, à se décaler, à innover, c’est sûr qu’elle a mis beaucoup de temps et d’énergie dans cet album. On le sent encore plus intime et personnel, elle se livre un peu dans ce qu’elle est à travers les paroles. Je pense toutefois qu’elle devrait moins chercher à plaire lors des festivals, faire un ou deux morceaux bourrins et rester dans les mid-tempo, là où sa voix est le plus en osmose avec l’accompagnement. Sur ses quatre albums, elle a en stock une quantité de morceaux bien plus convaincants que la setlist des festivals et ils colleraient bien mieux avec son style lyrique. Je me réjouis en tout les cas de la revoir, elle fera deux dates, Paris et Lyon mais pour ma part ce sera direction l’Allemagne avec Angra en invité spécial.

Khaos

Tracklist :

  1. Innocence
  2. Demons In You
  3. No Bitter End
  4. Love To Hate
  5. Supremacy
  6. The Living End
  7. Diva
  8. Eagle Eye
  9. Undertaker
  10. Calling From The Wild
  11. Too Many

Liens :

Site internet : http://tarjaturunen.com/home-tarja/

Page Facebook : https://www.facebook.com/tarjaofficial/?fref=ts

Clip de Innocence : https://www.youtube.com/watch?v=6yYccQ0S1yI