Nous avions parlé de ce livre dans une précédente news, La France est Rock, publié par les éditions Abatos et dont l’auteur est Pascal Pacaly. Auteur serait bien trop réducteur pour cet homme qui touche à la poésie, la peinture, la photographie ou encore la vidéo. Son parcours atypique nous a conduits à l’interview pour qu’il vous parle de lui, de ses livres, sa vie, son travail… On y va.

Sons Of Metal : Bonjour Pascal. Tu es un écrivain stéphanois de 39 ans et il y a peu est sorti un nouveau livre intitulé La France est Rock. Peux-tu nous parler un peu de ton parcours ?

« Créateur de nouveaux mondes, écrivain avec plume écorchée, aimant la nuit avec tout plein de néons… » tout est là-dedans… Mon parcours, ce sont surtout des univers qui se mélangent… C’est une solitude adolescente qui crée des besoins, des envies, des partages… Uniquement avec sa feuille de papier… Tu commences par de la poésie, car, quand tu es jeune, il te semble que c’est le format le plus facile pour t’exprimer… Et puis le rock vient cogner à tes oreilles et ça te fout tout un tas de frissons sympas. Tu t’y retrouves. Tu imagines alors une nouvelle fictionnelle sur des ados qui montent un groupe de rock, puis, peu à peu, tu demandes à de vrais groupes de te raconter leur histoire à eux, parce que, hein, ça pourrait être drôlement intéressant de savoir quand, comment, où et pourquoi on monte un groupe de rock : les galères, les super rencontres, les tournées, coulisses…. Donc plein de livres sur ces groupes, dont le dernier  » La France est rock », avec pêle-mêle les histoires de Babylone Circus, Sidilarsen, les Sales Majestés, Shaka Ponk, Parabellum, les Wampas, Ultra Vomit, No One Is Innocent, des reportages sur des festivals, des chroniques…

couvTu as également publié divers recueils d’Art sur la poésie, des nouvelles, monté des exposition de peinture, de vidéos et de photographies. Tu es un vrai touche-à-tout artistique…

Oui, c’est l’autre versant parce que l’Art, c’est… Tu vois, l’Art, c’est un témoignage, un message, ça peut durer des millénaires… Ça peut être une architecture, un monument, un bâtiment, comme un tableau ou un livre. Mais on laisse une trace de notre passage. Quand je vois les gens toujours râler, jamais être content, il faut avoir du recul. La vie c’est quoi dans le temps de l’univers ? On est juste quelques secondes dans des milliards et milliards d’années alors pourquoi toujours se prendre la tête ? Et si on pensait juste à profiter, aimer, créer ? Sinon, oui, le dernier recueil d’Art est « Play Boy » aux éditions Black Out où des graphistes, peintres et photographes français, américains, japonais, mexicains illustrent mes textes, ou l’inverse. C’est un beau livre dont une exposition itinérante est le parallèle. On a pour l’instant exposé à Saint-Etienne, Lyon, Paris, Marseille, Limoges…

Depuis combien de temps travaille tu dans ce milieu ?

Presque dix ans. C’est pas toujours facile car d’une part, il faut savoir naviguer dans le monde de l’édition : il y a de tout, des gens super sympas, d’autres qui cherchent à te faire cracher la thune. Mais bon, c’est comme tout, on apprend avec le temps… Le rock, lui c’est plus sympa, parce qu’à part quelques-uns, tout le monde galère, donc il y a une sorte de compréhension de l’autre, donc une solidarité. On a tous pour ambition de porter un message, et parfois s’associer permet de voir plus loin. Bien sûr, là aussi, et encore une fois, il y a des gens bien et des cons… De toute façon, ce n’est que le reflet de la société, l’art n’y échappe pas. Bien qu’on pense que les artistes ont l’esprit plus ouvert, la réalité est parfois différente. Mais d’une manière générale, c’est vraiment extra de pouvoir passer du temps avec des gens qui créent des choses. Leur vision peut te servir d’inspiration. Ou tu peux être juste admiratif. Et c’est déjà bien.

Parlons maintenant de « La France est Rock » (aux éditions Abatos), un livre assez ambitieux puisque tu y parles de dizaines de groupes. Faire un tel ouvrage a dû te demander énormément de temps et d’énergie…

Oui. Mais bon, quand on aime on ne compte pas, non ? Il y a tout les groupes que j’ai cité au-dessus. Il y a aussi quelques nouvelles issues d’un précédent livre, Rock Attitude : la maison d’édition qui avait publié le livre ayant mis la clé sous la porte, le livre n’était donc plus dispo nulle part, et les nouvelles perdues. Toutefois, comme elles m’appartenaient de fait, j’ai trouvé sympa de les ressortir dans  » La France est rock ». Ca permet de remettre en valeur le travail de certains groupes. Il y a aussi des reportages sur des festivals stéphanois, vu que je suis du coin… Des chroniques et la toute première nouvelle, fictionnelle, qui a permis l’émergence de tout ça. Je pense que c’est assez complet. Pour celui qui aime le rock français, il a un bon panorama.

Pourquoi avoir entrepris un tel travail ? Quel message, si message il y a, veux-tu faire passer à travers ce livre ?

Comme je disais au-dessus, déjà, c’est déjà sympa de partager l’art de quelqu’un. Partager pour toi mais pour tous les gens qui aiment le rock français. Parce que même si on n’a pas la culture anglaise ou américaine, on a un paquet de groupes qui sont quand même vachement bons, et ça serait con de pas en parler parce que BFM ou i-Télé n’en parlent pas. Parfois j’achète des disques de groupes que je ne connais pas, et j’écoute et je me dis :  » putain mais c’est une tuerie, comment se fait-il que personne n’en parle ? ». Bon, ben, après, tu te rappelles qu’on est en France, pays de la variétoche, et voilà… Mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras. À nous d’être créatif, inventif, et même si on nage à contresens, au moins, on nage…

Rock Attitude couvertureComment t’y es-tu pris pour approcher les groupes ? Ont-ils joué le jeu facilement ?

Oh, avec Facebook, maintenant c’est facile… La plupart des groupes y sont. Parfois, il y a les profils des musiciens eux-mêmes, et, quand ils n’y sont pas, le groupe a sa page et donc tu choppes le mail du management et voilà… En général, les groupes sont plutôt réceptifs parce que d’une, vivre de la musique, on peut dire que c’est bien galère, et de deux, être dans un livre, on va dire que c’est toujours sympa…

Dans la présentation du livre, tu dis que tu parles de leurs débuts. Quelques anecdotes à nous présenter  ?

Des anecdotes il y en a plein, mais je te dirais plutôt que beaucoup de gens me demandent s’il y a de la drogue dans le rock, tu sais comme les icones des années 70 : Stones, Zappa, Lemmy, Bowie, etc, la liste est longue… On a toujours cette image, aujourd’hui encore. Or, les gens sont toujours surpris quand je leur dis que les groupes ne sont plus vraiment dedans. Déjà, ça à un coût et tout le monde n’a pas les moyens, mais surtout, si tu arrives sur scène dans un sale état, que tu n’es bon à rien, et bien plus personne ne voudra te reprendre pour un spectacle, d’autant plus qu’aujourd’hui avec les téléphones portables plus facebook, youtube et autre, si ta prestation est pourrie, ça fait le tour des réseaux sociaux et t’es mort avant d’avoir commencé. Avant, au mieux, t’avait quelques photos en noir et blanc. Pas internet, juste quelques rares journaux. donc les dégâts étaient limités. De nos jours, tu ne peux plus déconner.

Après tant de recherches et de rencontres, ton regard sur certains artistes a t’il changé ? 

Oui et non… Tu sais, ça fait dix ans que j’écris sur les groupes alors, aujourd’hui, je suis un peu habitué à tout ça, l’envers du décor. Je t’avoue que ma vieille mémoire me joue des tours quand à mes premières réactions, mais je pense que je devais parfois être bien naïf sur certains faits. Après, artiste ou pas, on reste tous des êtres humains, hein. Donc sujets à crises de douceurs comme de colères, d’ego comme d’humilité, même s’il faut avoir plus d’ego que d’humilité pour réussir médiatiquement dans ce métier. Comme je le disais au-dessus, il y a pleins de gens super sympas et quelques cons. Ton regard change un peu. En fait, tu t’aperçois que c’est un métier bien plus galère qu’il n’y parait et parfois beaucoup de sacrifices pour peu de résultats, toujours médiatiquement s’entend. Car la réussite médiatique est une chose et ça peut être gage de qualité, mais pas toujours. La vraie réussite c’est de réussir à s’exposer, à traverser le pont sans trop regarder derrière soit.

Lors de notre premier contact, tu disais qu’avec le fruit de tes recherches, tu avais écris de « nouvelles biographies ». Dans quelle mesure sont-elles nouvelles ?

Tout simplement de part le nombre de pages. En général, une nouvelle c’est entre trois et vingt pages. Là, on tourne à chaque fois dans la dizaine de pages…

Quand on regarde la liste des groupes, on s’aperçoit que tu tailles dans un éventail vraiment très large. Tu parles aussi bien des Sales Majestés que des Wampas ou de Café Bertrand. Tu brouilles vraiment la piste des styles…

Il y a deux choses. D’une part, le rock c’est quoi ? C’est des racines de blues qui ont évolué. Et puis le rock, ça peut aussi être le hard rock, le death rock, le punk, voire la pop, et bien sûr le métal. Le rock a donné naissance à plein d’autres genres. Et puis quand tu sors un livre, il te faut un titre, disons, plutôt percutant. Si tu sors un livre avec un titre du style  » La France est pop-rock-métal-hard-bluesy et punk », bon, tu vois… Le rock a l’avantage d’être le chef d’une grande famille, et telle dans une réunion, bon nombres de membres sont présents… Après, je te dirais que j’aime tous ces groupes, donc ça me ferait bien chier de ne pas écrire l’histoire de tel ou tel parce que ça ne rentre pas dans le moule. Et puis, tu sais, il y a des groupes  » rock » qui ne sont pas vraiment, et des gens plus cool ou pop qui le sont dix fois plus… L’état d’esprit d’une personne, sa vision de la vie ne reflète pas toujours sa musique. Parfois, il y a des faux sages et c’est juste un plaisir d’écrire sur eux ou elles.

La France regorge d’un nombre de groupes très talentueux. As-tu un avis sur le fait que le grand public ne s’y intéresse que très peu ?

Ça rejoint un peu ce que j’écrivais plus tôt. Les médias, toujours… Aujourd’hui, il y a quelques médias qui vampirisent tout. Si tu es dans leurs petits papiers, ça va forcément aider, sinon…
Sinon et bien à toi de t’arracher et de faire en sorte, pourquoi pas, d’y être. On peut avoir une conscience artistique et un message social tout en étant médiatique. Il n’y a pas que de la merde. Mais le système est fait qu’on va quand même te faire découvrir des groupes  » gentils » parce que plus vendeurs. Et comme la maison de disque du gentil groupe va t’acheter un peu de pub, tu feras un gentil retour des choses… Business is business. Heureusement, il y a toujours des surprises. Facebook, malgré ses défauts, reste une plateforme intéressante. Et puis c’est aussi aux gens d’arrêter d’être des moutons. À eux de sortir voir les expos, les concerts et rencontrer les écrivains, et pas forcément ceux dont on parle toujours à la télé. Il y a des visions artistiques exceptionnelles, dérangeantes et mille fois plus passionnantes que les chefs de la télé-mouton. Il faut que les gens éteignent parfois la télé et sortent à l’aventure, à la découverte de nouveaux mondes, artistiques ou autres.

La France est Rock front coverEn regardant la liste, je ne peux m’empêcher de constater qu’il manque des représentants d’un genre que nous aimons beaucoup chez Sons Of Metal : le Metal ! En effet, pas de Gojira, Mass Hysteria ou encore Lofofora. Est-ce trop « particulier » pour le public ?

Non, c’est juste que je ne peux pas mettre tout le monde ! Mais je vais y penser très fort pour la suite du livre ou un autre livre entièrement sur le métal…. À noter que pour un de mes anciens livre, « Rock Stories » j’avais écris une nouvelle sur Mass Hysteria.

Pourtant, les fans de Metal sont de plus en plus nombreux et bénéficient depuis quelques années d’une meilleure image dans les médias et la société. France 2 a même parlé de Motörhead lorsque Lemmy nous a quitté. Certes, c’était deux petites minutes en fin d’édition mais quand même. De ta position d’écrivain, vois-tu également un changement s’opérer ?

Oui et non, bien sûr France 2 et Lemmy, et le Hellfest aussi, mais bon, ce sont vraiment quelques secondes noyées dans l’océan. Bien sûr tu me diras que c’est mieux que rien… Mais pour ce qui est de la génération au-dessus de la notre, je ne pense pas que cela évoluera. Car loin de l’action et nourris de clichés. Pour ce qui est des nouvelles générations et qui donc viennent aux festivals, là, c’est autre chose parce qu’ils voient de leur propres yeux comment ça se passe, et bien. Après, pour le  » grand public » cette musique est trop violente. N’oublie pas qu’on les a habitués à de la variété. On ne peut pas changer les habitudes comme ça. Et, quelque part, peut-être que ça n’est pas plus mal que le métal ne soit pas trop médiatisé… N’y aurait-il pas un risque qu’il y perdre un peu de son âme ? Regarde ce que le rap était au début et ce qu’il est devenu. Ça me fera mal que le métal finisse ainsi, pas toi ?

Si, absolument. Justement, puisque nous parlons de Metal, peux-tu nous dire ton ressenti sur cette musique ? En tant qu’écrivain et homme d’Art, le sujet devrait t’intéresser…

J’ai toujours trouvé que la musique était le reflet de la société. Psychédélique et pop dans les années 60, plus rock dans les années 70, new wave/dark et MTV dans les années 80 et grunge dans les 90, générations émergence du racisme, SIDA et chômage de masse, la totale… Plus la société devient violente et sombre, plus la musique suit. Le métal est donc cette partie de la société qui se sent déphasée, et surtout en qui ne se retrouve pas dans les valeurs de la société actuelle, dans la politique, les médias… Il y a beaucoup de gens « grand public » qui a peur de la violence du son, des habits, etc, bref, les clichés habituels. Mais pour moi, plus que la musique elle-même, le métal est une grande famille dans laquelle les gens aiment à s’y retrouver, un peu comme un secret ou des initiés qui diraient  » les moutons regardent TF1, ceux qui sont dans le vrai c’est nous ». En général, la culture du métalleux est plus approfondie que bien des gens du grand public qui avalent bêtement et tranquillement la lessive qu’on leur vend. Bref, il y a une vrai défiance face au Système, et franchement, je pense qu’ils sont, qu’on est effectivement dans le vrai…

As-tu le projet d’écrire sur le Metal ? Après le Rock au sens large, ce serait une évolution logique, non ?

Tout à fait, et d’ailleurs, j’y ai déjà beaucoup travaillé, j’ai écris quelques nouvelles dessus, sur le Hellfest, dont j’ai pu interviewer les créateurs. On apprend pas mal de choses sympas. Il y aura aussi des labels, des groupes, des festivals… À vrai dire, je ne saurais te dire quand cela va sortir. Je ne calcule rien, j’aurais un autre livre avant et il ne faut pas trop sortir de livres à la fois, espacer un peu…

Comme je l’ai dit plus tôt, il y a énormément d’artistes français qui se revendiquent Rock. Vas-tu y consacrer un autre volume ou as-tu d’autres projets en cours ?

Il y aura donc une suite à ce livre, mais surtout avant, je vais sortir Paris Rock Underground, dont le titre dit tout. Ça devrait sortir début 2017. J’ai d’autres projets, comme un livre basé sur le rock à Saint-Etienne, une ville, ma ville, que j’aime beaucoup, de part son âme, ses valeurs, ses traditions… De toute façon, je n’arrête jamais, jamais d’écrire…

Pour finir, peux-tu nous raconter une anecdote qui a pu t’arriver durant la conception de ce livre ?

Hum, que dire… Que le sommaire n’est jamais vraiment figé ? Il m’arrive en effet parfois de rajouter des groupes au tout dernier moment. Il suffit que quelqu’un me dise : « hey tu as pas entendu parler de ce groupe ? » pour que je jette une oreille dessus, et…. Où ça peut-être une réponse d’un groupe qui arrive là aussi au tout dernier moment… J’aime bien les petites surprises de dernière minute, quand ça bouscule tout. Le plus dur est toutefois de s’arrêter. Là, il y a vraiment un paquet de nouvelles et j’aurais pu en mettre d’autres, mais si tu ne dis pas stop à un moment donné, ça devient un trop lourd pavé.

Je te laisse le mot de la fin pour nos lecteurs…

Entre deux pages de pub, n’oubliez pas de vivre… et de lire…

Encore merci pour nous avoir accordé du temps. On te souhaite beaucoup de succès pour la sortie de ton livre et le meilleur pour la suite. À bientôt !

C’est moi qui te remercie.

Interview par Kouni

Teasers livres :

La France est rock : https://www.youtube.com/watch?v=yc08iM3aBkA&feature=youtu.be

Play Boy : https://www.youtube.com/watch?v=Lk-ExwAfrWk

Trash Palace : https://www.youtube.com/watch?v=wiiHWMFaD34