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Après avoir manqué l’édition 2015 du Bouge Ton Fest qui vit la venue de Lofofora et des Ramoneurs de menhirs, il était inconcevable de rater cette édition, certainement la dernière à St Vallier (Drôme) en raison d’un différent avec la municipalité. Mettons de côté les affaires politiques pour nous concentrer sur l’essentiel et la seule chose qui rassemble les gens : la musique. Cette année, pas de grosse tête d’affiche, hélas, mais quand même du très bon. Commençons tout de suite par le gros point noir du week-end : le manque d’affluence. Peu de spectateurs sont venus, mettant ainsi un sale coup à l’ambiance et a posteriori, un coup au moral de Caillette Prod, l’association qui organise le Bouge Ton Fest. Profitons néanmoins des groupes qui sont venus et de cette magnifique salle Désiré Valette (ancien maire de St Vallier qui devint sénateur entre 1924 et 1939), construite en plein centre-ville.

Vendredi 23 septembre 2016

Nadejda

Cela faisait un bail que vos serviteurs (Mike et Kouni) n’avaient pas vu les Lyonnais de Nadejda. Il faut reconnaître que leur Rock n’ Roll accompagné d’un saxophone nous manquait. John (chant et guitare) paraît enjoué ce soir, parlant régulièrement avec les spectateurs (curieusement éloignés de la scène) et plaisantant avec eux. Nous retiendrons un set énergique, dansant et superbement interprété. Rémi (saxo) joue ses soli aux côtés d’un John complice tandis que le duo basse-batterie assuré respectivement par Hugues (et ses chaussures clignotantes) et Corentin assure une rythmique en béton. Il faut vraiment être très exigeant pour ne pas apprécier une musique d’une telle fraicheur jouée par des musiciens aussi bons. Certes, le concert n’est pas exempt de défauts comme ce son qui refuse de rester stable. Ce sera d’ailleurs une constante de cette soirée. Toutefois, ne boudons pas notre plaisir et profitons de la bonne humeur distillée par Nadejda.

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Mercy

Avec Mercy, nous ne pouvons être déçu. Nous en avions déjà parlé dans de précédentes chroniques, la formation lyonnaise excelle dans le Rock « garage » et sa chanteuse Marie dans la folie douce. Plus exactement, c’est son personnage qui l’est. Mercy, c’est avant toute chose des titres groovy avec une guitare acérée et une basse qui gronde. Le groupe nous présente un nouveau batteur, Steph étant parti vers d’autres contrées pour raisons professionnelles. Au passage, nous lui souhaitons le meilleur pour la suite. Le nouveau cogneur paraît bien intégré et assure très bien son rôle de gardien du tempo. Kik (guitare) et Romain (basse) sont irréprochables et Marie, fidèle à elle-même. C’est à dire que la jeune femme assure des parties vocales impeccables tout en ayant une gestuelle bien à elle, entre spasmes et mimiques. C’est pas forcément évident à vous le décrire à l’écriture, le mieux étant encore de la voir par soi-même. En ce qui concerne les morceaux, tout l’album éponyme y passe et par conséquent, le groupe enchaîne les titres rapides et lents dignes d’un cabaret sombre et enfumé de l’entre-deux guerres. L’ambiance musicale peut complètement changer d’une chanson à l’autre. Nous passons du calme hypnotique à l’état d’excitation qui donne envie de se jeter dans un pogo avec ses voisins. Au final, ce fut une très bonne prestation de Mercy devant un public bien trop épars.

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Bagdad Rodeo

À en juger par l’attitude du public et sa prise d’assaut de la scène, il semblerait que Bagdad  Rodeo soit particulièrement attendu. Le public semble plus compact et même avoir quelque peu grossi. À moins que je ne me fasse des idées… Quoiqu’il en soit, les Montpelliérains s’élancent avec l’envie d’en découdre. Leur Rock n’ Roll fédérateur et les paroles en français rassemble les spectateurs qui chantent les refrains. Sur scène, nous voyons le guitariste jouer par terre à la manière d’un Angus Young tandis que le vocaliste profite d’une pause entre chaque titre pour discuter. Et le bougre n’est pas avare en plaisanteries ! Entre les blagues sur la consanguinité des campagnards, les vannes envers son guitariste, le départ de deux membres du groupe et le retour du batteur, tout le monde en prend pour son grade. Blagues à prendre au trente sixième degré, bien entendu. Le set se déroule à un bon rythme mais Bagdad Rodeo se voit coupé dans son élan lorsque le guitariste prend un ukulélé. En effet, un problème technique survient, coupant littéralement le son de cet instrument. L’ingé-son et son assistant se démènent pour régler le problème, donnant ainsi au chanteur un nouveau sujet de plaisanterie (« attention, il sort le fer à souder, ça devient sérieux […] il ouvre l’armoire électrique, c’est pas bon signe »). Finalement, une solution est trouvée : le guitariste abaisse simplement son micro chant au niveau de son ukulélé et la chanson peut enfin être interprétée. En conclusion, nous aurons eu droit à un concert « récréation » qui nous aura paru bien court mais néanmoins de très bonne qualité malgré les soucis techniques.

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Flayed

FLAYED-20160923-001Nous arrivons au terme de la première soirée de ce festival et c’est Flayed qui conclut. Le groupe viennois, dont nous sommes de fervents supporters, gagne du galon chaque année qui passe et peut se targuer d’avoir partagé des scènes avec de grands noms (Scorpions et Lofofora en 2014, pour ne citer qu’eux). Clairement, nous attendons beaucoup de ce concert, d’autant plus que Flayed s’apprête à publier un nouvel EP (une production par an, ces mecs bouffent du studio à longueur de journée), XI Million, prévu pour le 4 octobre. Renato (chant) est comme à son habitude survolté, Julien arbore une nouvelle gratte (une superbe Gretsch Jet Firebird rouge) et la section rythmique composée de Charly (basse), JP (batterie) se révèle toujours aussi efficace. Sur un côté de la scène, le discret mais essentiel Raffinet (claviers) nappe les compositions de son orgue qui nous ramène dans les années 70, à l’âge d’or de Deep Purple et Led Zeppelin. Car pour celles et ceux qui ne connaissent pas Flayed, le groupe assume complètement cet héritage en le dépoussiérant bien comme il faut. Julien gratifie chaque morceau d’un solo aussi technique que mélodique pendant que Renato joue son rôle de frontman à fond. Les titres s’enchaînent sans temps mort, alternant passages rapides avec d’autres plus lents et bluesy. Flayed tape dans chaque album et nous sert en avant-première un extrait du futur EP. L’interprétation est à chaque fois impeccable, une constante dans tous les groupes à l’affiche ce soir. Mais Flayed est peut-être un niveau au-dessus, motivé par une envie de réussir et de percer bien visible, sans oublier que les membres ne lésinent pas sur l’huile de coude pour nous donner un concert de qualité. Soyons honnêtes, nous avons eu droit à du caviar durant toute la soirée, et de qualité premium ! En plus, Flayed nous sert une reprise fort agréable de Fortunate Song (Creedence Clearwater Revival) que vous pouvez écouter sur leur Soundcloud. Bref, après une heure de set un retour, Flayed nous quitte sous les applaudissements nourris du public conquis. C’est juste déplorable que le public en question se limite à une trentaine de personnes, à tout casser.

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La salle se vide doucement et les gens se dirigent soit vers l’exposition photo de votre serviteur, soit vers le bar (plutôt vers le bar pour être honnête). La scène est débarrassée des instruments et du matériel tandis que nous rentrons paisiblement vers nos foyers. Demain soir promet d’être plus brutal car plus axé sur le Metal.

Samedi 24 septembre 2016

Nous sommes de retour à la salle Désiré Valette et, stupéfaction, il y a encore moins de monde que la veille, mais plus de jeunes. Donc on va dire que c’est encourageant. Ne restons toutefois pas sur cette mauvaise impression et approchons-nous de la scène après avoir pris une bière à la buvette car Hype Lights s’apprête à jouer.

Hype Lights

Ce jeune groupe originaire de Valence dans la Drôme interprète un rock alternatif teinté de chant pop. Autrement dit, nous commençons en douceur. Si le groupe est plutôt statique, il est à noter que les musiciens abattent un travail exemplaire. C’est carré, rythmé et le public s’approche de la scène petit à petit. Malgré la jeunesse du groupe, on s’aperçoit qu’il y a un énorme travail de leur part en terme de préparation et de composition. Les titres font mouche et les membres du groupe s’éclatent sur scène. On profite donc de ce set pour se mettre tranquillement dans l’ambiance. Hype Lights est bien reçu et c’est sous les applaudissement qu’il quitte les planches.

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Babylon Pression

Là, on passe à un tout autre style et on franchit un pallier en terme de brutalité musicale. Babylon Pression, c’est du Punk ultra bourrin avec des textes vindicatifs. Non, pas comme les panneaux, ferme ta gueule Perceval. Dès l’entame, le groupe s’applique à nous en mettre plein les tympans et les yeux. Ça bouge beaucoup, ça hurle dans le micro, ça saute et ça joue bien. Mat, le chanteur (ou plutôt hurleur) s’acharne sur son micro, déclamant des textes graves, lourds et même agressifs. Si la rage était une incarnation, elle serait probablement cet homme. Claque dans la gueule pour certains, trop violent pour d’autres, Babylon Pression ne laisse pas indifférent. Le niveau technique est très bon et les problèmes de son subis la veille ne viennent pas perturber le set.

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Hypnose

Changement d’ambiance radical avec Hypnose. Nous quittons la musique contestataire pour entrer dans un monde de noirceur. D’ailleurs, il n’y a pas que la musique qui soit noire, la scène l’est également. Nous avons peine à distinguer les musiciens mais, en revanche, le son est plus que palpable. Nous en prenons plein les oreilles et beaucoup dont votre serviteur ressortent avec un acouphène (au passage, cela donne une idée de slogan publicitaire pour un concert de Metal, du genre : les acouphènes sont nos amis pour la vie…). Le groupe fournit un gros travail pour installer une atmosphère oppressante et mélancolique. Les titres sont tous assez longs et fourmillent de détails sonores. Dans le public, nous voyons des personnes totalement absorbées par les notes, certains se laissent porter par la musique. Sur scène, nous voyons un groupe concentré jouant ses partitions sans fautes. On adhère ou non, comme toujours, mais il faut rendre à César ce qui lui appartient, à savoir une excellente maîtrise technique et musicale.

Breed Machine

Voici le dernier groupe de cette édition 2016 du Bouge Ton Fest : Breed Machine. Le Néo Metal de ces petits gars à quelque chose de moderne et d’inventif, là où beaucoup de groupes tombent dans le schéma classique instauré par Korn, Disturbed et autres. D’entrée de jeu, Breed Machine affiche une belle énergie, en particulier son chanteur Mike qui ne cesse de s’approcher du bord de la scène pour être au plus près des spectateurs. Nous le verrons également grimper non sans mal sur une enceinte et arpenter les planches de long en large. Derrière lui, Ja, le guitariste, est plus statique mais ses riffs possèdent un côté « dynamite » qui entraîne bien le public. À ses côtés, Kriss ne cesse de faire virevolter sa basse et ses dreads pendant que Deub tabasse ses cymbales qui n’ont rien demandé à personne. Une fois encore, le son est très bon et fort, la cérumen logée dans mes oreilles ne suffira pas à repousser les décibels (j’ai oublié mes bouchons d’oreille, faut bien trouver une solution, non ?). Breed Machine ne ménage pas ses efforts, on ne s’ennuie pas en regardant le groupe qui exécute un set impeccable et très rythmé. Bien que le nombre d’entrées soit décevant, le public se lâche complètement et nous oublions vite le trou dans la fosse. Tout le monde passe un bon moment et c’est tout ce qui compte, au final. Enfin, Breed Machine nous quitte, remercié comme il se doit par un public ravi.

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Voici ce qui fut le Bouge Ton Fest version 2016. Une nouvelle fois et comme souvent dans la Drôme, l’affluence est faible mais les spectateurs qui font le déplacement sont de véritables passionnés et soutiennent les groupes (ainsi que les organisateurs) de leur mieux. D’un point de vue purement artistique, les groupes auront tous été excellents, heureux de venir jusqu’à St Vallier pour en découdre. Caillette Prod a abattu un travail considérable sur l’organisation et Kaz, l’ingé-son, n’aura pas fait défaut à sa réputation de metteur au point d’un son parfaitement réglé et puissant. Une soirée en demi teinte mais nous préférerons garder les points positifs en mémoire.

Merci à Caillette Prod, aux groupes et surtout aux personnes présentes.

Kouni