behemoth (5)

C’est en arrivant sur place que je me dis : ça y est, la prochaine étape c’est la Halle Tony Garnier ! En effet, la dernière fois que les Polonais de Behemoth avaient débarqué à Lyon, ils avaient joué au CCO. Ce coup-ci, grâce aux moyens développés par Sounds Like Hell Productions, c’est dans un Transbordeur avec 1 200 personnes à l’intérieur qu’ils vont jouer. Du coup ça fait réfléchir. Petit à petit, on monte en capacité et j’avoue que 1 200 personnes ce n’est pas rien. On peut dire que le Black Metal des origines de Behemoth s’est bien démocratisé et d’un côté je trouve ça bien.

Secrets Of The Moon

secrets of the moon (2)C’est dans un Transbordeur qui ouvre ses portes sur le royaume des ténèbres que les Allemands de Secrets Of The Moon vont débuter leur set. Pour mettre le feu, on ne peut pas dire que ce soit le groupe idéal mais pour l’obscurantisme, on peut dire que c’est gratiné. Secrets Of The Moon que l’on peut désormais qualifier comme de vieux groupe avec plus de vingt ans d’existence, est souvent qualifié de formation Black Metal alors qu’ils pratiquent une sorte de Doom un peu écrasant voire même redondant. Dans une ambiance obscure et malsaine avec des lights bleu nuit ou rouge tirant sur le noir, tant et si bien que l’on se croirait à un concert de Belphegor, la voix mélodique et claire du chanteur déroule un chant mélancolique et désenchanté. La musique de Secrets Of The Moon reste une musique ambiante et sombre qui me rappelle par moment celle des Fields Of The Nephilim, surtout sur l’aspect lent et malsain. Leur univers calme, posé, dénué de clarté a tendance à vous aspirer totalement si vous vous laissez bercer par les nuances lentes du flot apocalyptique de leur musique. En vingt et un ans, le groupe n’aura produit en tout et pour tout que six albums. Leur parcours est ponctué de démos, d’Eps et de lives qui trainent au milieu. On ne peut pas dire qu’ils furent prolifiques mais ils jouent une musique d’excellente qualité avec des titres vraiment fouillés, alors ceci compense cela. Quoi qu’il en soit, il est tout à fait judicieux que le running order est été chamboulé et que ce soit eux qui ouvrent la soirée, cela ne pouvait pas mieux tomber car grâce à cela, la montée en puissance va être progressive sur ce plateau jusqu’à l’apothéose avec Behemoth. En attendant, voici en lien le site officiel de Secrets Of The Moon où vous pourrez tout découvrir sur le combo allemand.

http://www.secretsofthemoon.de/

MGLA

mglaC’est ensuite un déferlement polonais qui va arriver sur la scène du Transbordeur avec pour commencer MGLA, un groupe de Cracovie qui pratique un Black Metal situé un peu entre Dissection et Taake à la fois sauvage mais aussi très ambiant. MGLA est avant tout un duo qui se produit avec deux musiciens de session supplémentaires sur scène dont un à la basse et l’autre à la guitare. Il n’empêche que malgré cela, le quatuor présent sur la scène du Transbo est droit dans ses bottes et parfaitement cohérent. Les musiciens sont encapuchonnés et masqués façon Acherontas mais en un peu plus cuir. C’est la formation type de Black Metal traditionnel avec des musicos statiques enveloppés de fumée qui balancent des rythmes plutôt rapides ponctués de fractures musicales assez tempérées. Leur univers ambiant et sauvage à la fois est particulièrement prenant et si j’ai cette impression d’avoir été cueilli un peu à froid avec Secrets Of The Moon, on peut dire que MGLA m’a vite remis dans le rythme de la soirée. Même si la batterie est un poil trop appuyée, il en ressort que c’est un groupe très en place et qu’il existe un parfait équilibre dans leur musique qui oscille en permanence entre un Black Metal ambiant et mélodique et un Black Metal plutôt violent avec des tendances death. Le chant est plus grogné que saturé ou hurlé et l’ensemble de la formation axe son jeu dans la puissance. Ce sont des turnaround permanents qui bâtissent le fond sonore de leur musique. On pourrait facilement plonger dans la monotonie tant certains titres se ressemblent à cause de leurs tempos lancinants et peu variés. Toutefois, l’empreinte sonore particulièrement glaciale de MGLA fait que chaque titre joué reste redoutablement efficace. Le combo polonais reste particulièrement hypnotique quant à sa prestation scénique en général. Depuis 2000, date de leur formation, MGLA ont déjà sortis deux compil de leurs démos, ainsi  que  quelques Eps et surtout trois albums dont le dernier date de 2015. Leur Black Metal sauvage et nihiliste revêt une conception assez moderne qui, je le pense, va plaire à un gros public. À partir de 2012, le groupe à commencé à mettre les bouchées doubles et nous n’avons pas fini d’en  entendre parler, même si dans la conception même de leur musique il manque une pointe de clavier pour parfaire le résultat. En attendant, n’hésitez pas à les suivre via leur page facebook et leur bandcamp pour vous familiariser  avec ce qu’ils font.

https://no-solace.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/mglaofficial

mgla (1)

Behemoth

behemothVoici donc venu le moment tant attendu de la soirée, le gros morceau de ce plateau qui va bien évidement remplir toutes ses promesses, je ne vous le cache pas. Comme je vous le disais en tout début de chronique, avec Behemoth nous franchissons des paliers et si cela continu à la même cadence, le prochain coup ce sera la Halle Tony Garnier. Toutefois, ne jetons pas le manche après la cognée et occupons nous de ce qui nous intéresse avec un public énorme qui s’est déplacé en masse pour assister a la grand messe noire orchestrée par le combo polonais. Même si en étant tout à fait réaliste en disant qu’à ce jour les Polonais de Gdansk sont quand même très loin d’être le fer de lance du Black Metal comme ils l’ont été à une époque, il n’en résulte pas moins que leur musique est toujours sévèrement extrême. Seulement, par rapport à bien d’autres groupes de la même avant-garde, Behemoth a su s’adapter et se couler dans le moule du modernisme. Leur intelligence résulte dans le fait qu’ils ont su évoluer avec leur époque. Alors bien sûr, nous assistons a cette éternelle entrée théâtrale avec les flambeaux et tout le cérémonial. Sauf que dans le cas présent, nous sommes sur une scène bien plus vaste que par le passé et Behemoth va nous sortir le grand show avec un véritable spectacle de son et lumière. Des estrades assez hautes sont installées devant la scène où les trois musiciens de front vont monter et descendre durant tout leur set et de là dominer toute la fosse pour mieux transcender le public. Le son dont ils vont bénéficier est tout à fait exceptionnel et d’une limpidité absolue. Pourtant, c’est un Behemoth remonté à bloc auquel nous avons affaire ce soir avec non seulement un son violent mais aussi résolument moderne. Aujourd’hui, il est devenu difficile de caser Behemoth dans un style ou une catégorie. Behemoth fait avant tout du Behemoth. Ils ont leur propre empreinte et ont leur propre marque de fabrique. Les voix sont vraiment puissantes et prenantes. Différents effets pyrotechniques viennent en plus agrémenter le spectacle qui est déjà énorme.

En démocratisant ainsi tout un style relativement occulte et trop souvent montré du doigt, Behemoth réalise un véritable tour de force en mettant à la portée d’un public désormais éclectique unebehemoth (4) musique particulièrement extrême aux rites encore obscurs. On peut aujourd’hui affirmer sans complexe que Behemoth sont les Motorhead du Metal extrême. Même si sur un plan général, leur musique s’est largement modernisée, je trouve que le son des guitares reste un peu froid avec des effets trop synthétiques qui comportent un peu trop de delay. Du coup, le rendu fait un peu trop artificiel par moment et manque un poil de générosité. Toutefois, même si les Polonais ont su évoluer avec leur temps, il n’en subsiste pas moins quelque chose de fondamentalement guerrier dans leur musique. Il me parait tout de même difficile de renier ses racines, surtout au sein de ce domaine musical. Nous aurons bien entendu droit au moment solennel de la communion satanique, où le chanteur fait dresser une passerelle entre la scène et le public et part dans la fosse calice en main afin de donner la communion au public. Ce groupe totalement unique et prolifique a su tout garder de sa superbe. La personnalité de Behemoth et le charisme dont le groupe fait preuve est un pur moment de Metal mais aussi de spectacle. Behemoth est immense, c’est bien plus qu’un groupe, c’est une véritable machine de guerre que rien ne peut arrêter. Behemoth est une formation brillante qui sait s’adapter, se renouveler tout en évoluant et en élargissant son public. Nous n’en n’avons pas fini avec eux, ils reviendront encore grandis, encore plus forts, juste pour nous faire décoller de terre rien que le temps d’une soirée. Pour tout savoir sur Behemoth, continuez de les suivre via leur site officiel que je vous laisse en lien.

http://behemoth.pl/

behemoth (2)

Sons Of Metal remercie chaleureusement Sounds Like Hell Productions pour nous avoir conviés à cette soirée unique et magique. Nous remercions également le transbordeur et toute son équipe pour leur accueil.

Swamp Fox

Photos : Melissa