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Nouvelle soirée extrême au Warmaudio mais cette fois d’un tout autre genre. Ce soir, il ne sera pas question de Hardcore à proprement parler au programme. Non, ce soir Riot Shows monte encore de plusieurs crans et va nous faire flirter avec l’extrême, nous expédiant au-delà des cimes jusqu’à ce que nous en perdions toute notion d’oxygène. C’était comme je l’avais précédemment rabâché, la date à ne pas manquer en cette fin d’année. Les Flamands d’Oathbreaker ne se déplacent que rarement sur nos terres. Et si vous souhaitiez voir et écouter un groupe qui vous expédie sans concession vers des sphères intersidérales et obscures au-delà de toutes limites, alors ce soir le Warmaudio c’était Ze place to be.

Le Grand Mal

01- (9)On peut dire sans mentir que l’entame de match fut assez détonante. En effet, dans un pur style helvète underground, ce sont les Vaudois du groupe Le Grand Mal qui vont avoir le privilège d’ouvrir cette soirée placée sous le signe de l’extrême. Les Suisses ne vont rien lâcher et se balancer à corps perdu dans une démonstration borderline et noisy qui dépasse tout ce que j’avais pu imaginer. Enragés, survoltés, ils ont carrément libéré les chiens dès les premières notes du set. J’ai encore du mal à comprendre quelle est cette énergie qui anime ce combo résolument hors norme, si c’est l’énergie du désespoir où un véritable exutoire au sein duquel ils ont la force de déplacer des montagnes sonores. Le Grand Mal est comme la peste, plus précisément noir et d’un noir tellement sombre sans aucune source de lumière que nous avançons à un rythme effréné jusqu’aux tréfonds de l’enfer. C’est un véritable train de folie dans lequel les cinq helvètes nous embarquent sans faire la moindre concession. Ils mènent la danse et nous suivons. Absolument tout chez eux se propage à la vitesse de l’électricité, que ce soit leur énergie totalement hallucinante tant et si bien qu’on se demande sur combien d’ampères ils sont câblés, ou bien encore leur son à la fois tranchant et décharné et leurs titres ultra courts dignes d’un noise core des plus sauvage. En seulement deux albums, ces cinq gaillards ont déjà balisé tout leur terrain car dès la première écoute, on sait à quoi s’en tenir et que quoi qu’il arrive, lorsqu’ils viendront fouler nos scènes, ce ne sera pas pour étendre le linge. C’est une véritable avalanche d’un Punk hardcore qui va bien au-delà de l’extrême qui nous tombe sur la gueule. Les morceaux sont courts, violents, sombres et tranchants. Chaque titre est une gifle que l’on ramasse en pleine tronche sans avoir le temps de reprendre son souffle. À peine nous accusons le coup que la seconde est déjà partie. La voix du frontman qui affiche une présence énorme est une voix sauvage, crachée, hurlée qui vous fracasse les neurones à vous en faire bouillir le cortex cérébral. L’ensemble de ce que balance le groupe vous secoue comme un prunier à vous faire reculer du devant de la scène autant par la puissance que par la peur de ce qu’il pourrait arriver. Le Grand Mal c’est fait pour vous chopper aux tripes et ne plus vous lâcher jusqu’à la dernière note où le guitariste rythmique balance sa gratte sur scène ce qui met un point final au set. Une découverte et un set absolument énormes, même si la prestation fut à mon humble avis bien trop courte. En souhaitant qu’ils reviennent de toute urgence cramer les planches lyonnaises, je vous propose de les suivre via leur bandcamp où vous pourrez vous délectez de leurs déflagrations sonores.

https://legrandmal.bandcamp.com/

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Wife

02- (2)L’inattendu ne va pas tarder à pointer le bout de son nez sur la scène du Warmaudio en la présence de l’irlandais James Kelly, de ses platines et tables de mixage pour un envol sonore assez étonnant dans cette soirée. Son one man band répond au nom de Wife et va en surprendre plus d’un par sa prestation complètement décalée. Toutefois, si on s’y attarde un instant, si l’on y réfléchit juste un peu, on pourra s’apercevoir que beaucoup d’éléments sont liés au sein de cette scène musicale underground. Oathbreaker est indissociable d’Amenra qui eux même sont les moteurs de la Church Of Ra avec Hessian et Treha Sektori, une sorte de projet dark electro dont le ciment est une philosophie plutôt complexe. Alors il n’est pas étonnant de voir apparaître un membre du groupe de Black Metal ambiant Altar Of Plagues avec un projet électro non moins similaire et tout aussi obscur. Le projet Wife de James Kelly est avant tout un travail sonore combiné à la voix off et au jeu de lumière. C’est un univers très personnel qu’il nous dévoile à la fois obscure et planant. De la torsion de sons aux plages électro plutôt calmes, sa palette sonore est plutôt large et on peut dire qu’il est vraiment à fond dans son truc. Ma foi, un projet techniquement intéressant mais pas de quoi fouetter un chat si tenté que l’on puisse fouetter les chats. Cela reste tout de même assez accessible et musical, ce qui évite tout de même de faire fuir un public non préparé à toutes jambes. Pour en savoir un peu plus sur le projet Wife de James Kelly, vous trouverez en lien sa page facebook où vous pourrez en apprendre un peu plus sur ce qu’il fait.

https://www.facebook.com/wifesounds/

Oathbreaker

03- (10)La pression monte, lentement mais surement, l’obscurité qui plane annonce les prémices d’une tornade force 5 qui va tout embarquer sur son passage. Les musiciens d’Oathbreaker agrémentés d’un guitariste supplémentaire pour cette tournée 2016 entrent en piste sur la scène du Warmaudio qui a juste eu le temps de refroidir durant la prestation de James Kelly. Une intro langoureuse parsemée de ténèbres débute lentement comme un effet d’aviron glissant sur un lac juste avant la pâleur de l’aube. Une introduction quasi silencieuse où Caro Tanghe, l’inimitable chanteuse du groupe fait son apparition. Drapée de sa longue cape grise, elle fait son entrée sur scène à la fois vaporeuse et discrète. Son éternel pas feutré se conjugue avec cette classe innée qu’on lui connait. Plus mystique tu meurs… Alors que ses mains saisissent le micro, son éternelle longue chevelure cache comme toujours son visage dans un pur style introverti qui lui colle si bien à la peau. Et là soudain dans le silence, le son léger et fluide de sa voix résonne dans les façades comme un chuchotement léger et fragile. Ainsi se contorsionnent beaucoup de titres dont les premiers couplets ont la fluidité du sable qui file entre les doigts comme une horloge arrêtée sur le temps qui passe… Mais chacun de nous aurait bien tort de prendre Caro pour une poupée fragile et sucrée. Au plus profond de son âme et de son cœur sommeillent les ouragans les plus dévastateurs et lorsque la belle marque soudain ce temps de silence et que ses mains se resserrent sur le pied de micro, la jolie flamande lâche les chiens. Ces chiens là ne sont pas de vagues labradors dociles mais bien une horde de clébards enragés. Le calme plat quasi silencieux laisse soudain place à une véritable tempête où tous les éléments de ce monde semblent être en furie. La voix de Caro se mute en hurlement déchirant comme si tout le désespoir du monde surgissait en un cri. Derrière elle, les instruments se défigurent eux aussi avec des musiciens en transe branchés sur la fréquence noisy. Chaque titre ressemble à une complainte ou encore une prière pour prendre soudainement le grimage défiguré de la réalité, où la vie ranime soudain toutes les souffrances quand la voix hurlée de Caro déchire le voile terne des03- (8) artifices et rouvre les plaies mal cicatrisées. Oathbreaker ne se contente pas de tout fracasser sur son passage. Non seulement les Belges déchainent les enfers mais leur musique fait aussi l’effet d’un bombardement au napalm. Quand le silence retombe, vous êtes assommé, lessivé, en cendres. Vous restez complètement sonné comme après un énorme choc et très franchement s’en est un, même si Caro balbutie un timide merci dans le silence revenu. Oathbreaker est un groupe hors norme totalement inclassable à la manière de leurs amis d’Amenra. Leur musique est à la fois sombre, déchirante, noisy et surtout borderline. Avec Oathbreaker, on flirte sans cesse avec le vide, le fil est aussi mince que celui d’un rasoir et l’on peut basculer à tout moment. Mais il y a avant tout cette cohésion étrange avec le public qui se laisse absorber, guider dans un immense voyage tandis que les Flamands renvoient en retour une énergie incroyable. Avec déjà trois magnifiques albums dont Rheia sorti en 2016 et principal sujet de cette tournée, Oathbreaker continuent de confirmer qu’ils jouent dans la cour des grands. Rheia est un opus très différent des deux autres où l’on a beaucoup plus d’équilibre entre puissance et silence. Tantôt nous avons affaire à une Caro qui caresse avec un filet de voix fragile, tout comme nous avons affaire à une Caro qui griffe et qui lacère comme jamais. Je tiens quand même à saluer le professionnalisme du groupe et surtout celui de Caro qui a eu de gros soucis avec son matériel tant et si bien qu’elle ne s’est absolument pas entendue dans les retours durant tout le set. Elle a vraiment assuré. Pour en savoir plus sur Oathbreaker et les suivre de plus près dans leur aventure, vous trouverez le lien de leur site officiel ci-dessous.

http://theoathbreakerreigns.com/

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Sons Of Metal remercie chaleureusement Riot Shows et toute son équipe pour nous avoir conviés à assister à cette affiche hors norme. Merci également à nos amis Adrien et Mika du Warmaudio pour leur super accueil habituel qu’ils nous réservent dans leur salle.

Swamp Fox