Genre : Stoner Rock, Garage - Sortie : 23 mai 2017

Genre : Stoner Rock, Garage – Sortie : 23 mai 2017

Paranoid Cats est un duo de Stoner Rock originaire de la Drôme, composé de François à la basse et au chant, et d’Alexandre à la batterie. Deux ans après un premier album réussi mais loin d’être exempt de défauts (Hide This Part Of You), les drômois reviennent avec un opus plus abouti, Thought Control. Un duo basse/batterie, on en a déjà vu et les attentes sont énormes car le bassiste doit à la fois jouer la rythmique et l’harmonie. Autrement dit, combler le vide laissé par l’absence de guitare. Qu’à cela ne tienne, Paranoid Cats parvient largement à dépasser cet écueil. C’est ce que nous allons voir maintenant.

 Dès le premier titre Come To Me, on se rend compte d’une chose : le bourdonnement de la basse. Un bourdonnement agréable, une gifle de décibels maîtrisée. François ne joue pas en son clair, il utilise une multitude d’effets mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, ces effets ne sont pas là pour masquer un manque d’imagination quant à la composition. Du tout ! Comme on parle de Stoner (auquel il faudrait rajouter les qualitatifs de Grunge voir même de Garage Rock pour être vraiment précis), la pédale Fuzz est évidemment largement présente et bien utilisée pour rendre les riffs de basse entêtants, hypnotiques. Loin de se contenter de l’éternel corde de Mi ou de La jouée à répétition, François joue de sa basse comme d’une guitare. Jeu aussi bien vertical qu’horizontal, parfois en accords « tonique + tierce », il se révèle riche et parfaitement exécuté. Certains riffs sont vraiment originaux comme celui de My Own Monster (titre le plus court de l’album), The South qui sent bon le patelin redneck, le mélodique Numb And Naked. Le batteur n’est pas en reste avec tantôt des passages hallucinés, frisant la crise d’épilepsie comme sur le refrain rentre-dedans de LA 70’s mais aussi tout en contrôle (Numb And Naked). Le Punk Rock s’invite parfois, à l’instar du très rapide Nothing Is True.

You Can’t Win rappelle Nirvana de par son chant et son refrain rageur. Bien que le chant ne soit pas la grande force de François, il s’est nettement amélioré depuis le premier album Hide This Part Of You publié en 2015. Deux années plus tard, notre bassiste lilliputien maîtrise mieux son organe vocal. On l’écoute sans être gêné par l’intonation ou son timbre qui, avouons-le, colle bien à cette musique. Pour être juste, le chant est peut-être le seul point faible de ce disque car il peut devenir redondant. Soyons tout de même clément, chanter et jouer de telles lignes de basse n’est pas chose aisée et François s’en sort avec les honneurs.

Le grand moment Stoner arrive avec Witches. Dès les premières mesures, on se laisse dériver, porter par ce riff entêtant, simple mais très efficace. La mélodie s’inscrit dans votre esprit et si ce n’est pas le cas, le jeu de batterie d’Alex vous la fera rentrer de force à grands coups de baguettes en carbone. On sent l’influence de Monster Magnet, Orange Goblin ou encore Fu Manchu dans tout ça. Ce titre n’est pas particulièrement long et nous aurions apprécié qu’il le soit un peu plus. Voici un autre point à explorer pour nos deux drômois car plusieurs de leurs riffs mériteraient d’être rallongés vu leur potentiel à vous transporter. À moins qu’ils ne gardent ces idées pour les concerts.

Parlons un peu des solos car, oui, il y en a ! Notre bassiste refuse de se cantonner à jouer la rythmique. Sans connaître précisément le parcours de François, il ne fait nul doute qu’il a étudié la guitare à entendre les enchaînements. Toujours surprenants et jamais banals, voilà comment on pourrait décrire ces démonstrations qui ne tombent pas non plus dans la technique pure, à la manière d’un Les Claypool ou Marcus Miller. Bref, on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Je parle du bassiste mais il ne faudrait pas oublier le batteur, Alexandre qui exécute ici un jeu énergique, précis et viscéral. Car il faut le dire, Alex se lâche totalement comme s’il débranchait son cerveau. Une seule chose compte : faire hurler la crash et la ride ! Comme dans toute musique affiliée au Rock, le jeu de batterie n’est pas spécialement technique, il est par contre très physique. On imagine sans peine Alex recouvert de sueur, les baguettes lui échappant des mains, le t-shirt trempé. Il ne se ménage pas, tout comme son comparse d’ailleurs. Voici une deuxième chose qui caractérise ce duo : sur scène comme sur disque, les musiciens ne se relâchent jamais, aucun répit jusqu’à la dernière note. Et cela se sent à l’écoute de cet album. On sent l’énergie brute, l’adrénaline, la volonté de bien faire et d’éclater les tympans de l’auditeur. J’ignore combien de temps ils ont passé au studio mais les séances d’enregistrement devaient être épuisantes.

Terminons avec The South, un morceau déjà présent sur Hide This Part Of You mais qui se voit ici réarrangé. La composition de base n’a pas réellement changée. Le jeu est meilleur (ça fait tout de même deux ans que le groupe le joue sur scène), plus précis et aérien mais surtout nous retrouvons ici une invitée : Estelle Mey. Pour ceux qui, comme votre serviteur, ne regardent pas la télévi… (comment ça s’écrit déjà ?), Estelle Mey est une ancienne candidate de La Nouvelle Star, originaire de l’Ardèche et éliminée avant la finale. La jeune femme poursuit sa carrière et multiplie les concerts en France. Ce choix de « guest » peut vous étonner après avoir lu ces lignes mais écoutez la voix d’Estelle et vous comprendrez. Capable de monter haut dans les aigus et disposant d’un joli timbre typiquement rock (Lemmy s’est réincarné en femme ?), Estelle ajoute une personnalité à The South, donnant à cette chanson un aspect torturé, habité même, lui offrant ainsi un renouveau. Chouette idée de l’avoir invitée et on ne tombe pas dans le piège du « on invite une star pour faire le buzz ».

En conclusion, Thought Control est largement plus réussi que son prédécesseur. Le chant de François est la grosse amélioration du duo. Niveau jeu, il n’y a rien à redire ou à jeter. Nous avons là un bon album de Stoner Garage, nerveux mais aussi aérien quand il faut. Un juste équilibre en somme. Evidemment, nous pourrions pointer du doigt une légère répétition dans la façon de chanter mais ce serait se répéter et surtout accabler un bassiste-chanteur qui excelle dans son jeu de basse. Paranoid Cats, vous êtes bons et celui qui dira le contraire est un fou.

Kouni

Tracklist :

  1. Come To Me
  2. Thought Control
  3. My Own Monster
  4. LA 70’s
  5. Nothing Is True
  6. Numb And Naked
  7. You Can’t Win
  8. Witches
  9. The South (avec Estelle Mey)

Liens :

Bandcamp : https://paranoidcats.bandcamp.com/

Page Facebook : https://www.facebook.com/pg/paranoidcats/about/?ref=page_internal

Chaîne YouTube : https://www.youtube.com/user/paranoidcats