Scorpions

Une fois n’est pas coutume, penchons nous sur de la matière écrite au lieu de la musique. Cet ouvrage a été mon bouquin de vacances. Sorti il y a presque un an, il me fallait du temps pour parcourir l’histoire du groupe qui a marqué mon entrée dans le Hard Rock/Metal à l’adolescence. Comme pour l’auteur Guillaume Gaguet, ce ne sont pas les meilleures années des arachnides que nous avons vécues. Blackout (1982), Love At First Sting (1984) ou encore Crazy World (1990) existaient avant notre ouverture d’intérêt pour la musique Rock, lorsque nos préoccupations allaient plus vers Goldorak, les cités d’or ou autre Dragon Ball (qui n’avait pas encore de Z), plus dans nos tranches d’âges. Nous faisons partie des quelques extraterrestres qui osaient écouter Scorpions pendant leur période creuse, où l’ensemble du Metal était pris par la vague Grunge puis Neo Metal. Scorpions n’étaient pas les seuls à souffrir, d’autres mastodontes tel Metallica ou Iron Maiden connurent leurs coups de moins bien dans les mêmes années. Peu de groupes peuvent en tout cas se targuer d’avoir vécu 50 ans, même si la date de départ est un peu exagérée par Rudolf Schenker. Cinq ados jouant des reprises dans une cave ne constitue pas vraiment le début du groupe, même si le nom (d’abord germanisé en Skorpion) est apparu dans l’esprit du guitariste teuton. Le vrai départ, c’est l’union avec Klaus Meine et la fusion des deux jeunes groupes de Hannovre, Scorpions et Copernicus. C’est là qu’on obtient la doublette qui va composer nombre de titres, dont les tubes mondialement connus que je ne me donne même pas la peine de citer. Il faut ajouter à ce duo le formidable Matthias Jabs qui a toujours été mon préféré du groupe. C’est le genre de guitariste très fin au niveau de l’oreille, vous pouvez apprécier ce talent dans les arrangements du très bon live Unplugged paru en 2013. Peu démonstratif, pas le mec à se la jouer mais quasiment aucun raté en live. Depuis 1979 donc, ces trois là portent Scorpions à l’heure où un AC/DC se permet de remplacer Brian Johnson. Voilà l’un des exploits.

Pour les points négatifs, les critiques envers le groupe sont connues et je les fais également. Les apparitions dans des émissions télé douteuses (le Dorothée Rock’n’roll show du 31décembre 1993, la Star Academy en 2009), les dizaines de Best Of qui trainent aux rayons disques des supermarchés, la vraie-fausse tournée d’adieu. Personne n’est parfait mais le combo germanique a su prendre les vagues et rester debout malgré tout. La fin aurait pu survenir en 1982 avec les problèmes vocaux de son chanteur. Ils auraient aussi pu tout arrêter et se lancer dans d’autres projets après les peu appréciés Pure Instinct (1996) et Eye To Eye (1999).

À travers près de 700 pages (mais c’est écrit en gros caractères, le texte est aéré et des photos sont intégrées), Guillaume Gaguet nous entraine dans l’histoire unique et parfois croustillante d’un des plus grands groupes de Rock. Les premiers Allemands à être connus en dehors de leur pays pour leur musique. Pour tous ceux qui apprécient leur carrière, 50 ans dans l’œil du cyclone est un livre à avoir chez soi. Tous les albums y sont chroniqués et si je n’ai pas forcément la même appréciation que l’auteur sur la discographie, le descriptif demeure précis et juste. On pourrait regretter parfois certaines répétitions, lorsque des chroniques écrites préalablement pour le site crazyscorps ont été intégrées à la trame historique. Cela dit, l’ouvrage se lit assez vite, si vous approchez comme moi la quarantaine, vous pouvez même conscientiser l’âge que vous aviez pendant : le premier gros succès au Japon en 1978, la sortie de leur meilleur album Blackout en 1982, les méga concerts aux états unis en 1984/1985, les concerts à St Petersbourg en 1988 (alors en URSS), la chute du mur et Wind Of Change (1990).

Scorpions, un groupe pour l’éternité : faut-il qu’ils en restent là ? Faut-il qu’ils continuent ? Grande question. Finir sa carrière « à la Cantona » n’est plus possible, le sommet est loin derrière eux et toute nouvelle composition ressemblera forcément à du réchauffé, ou ne portera plus leur identité. Cela dit, les derniers concerts montrent un groupe qui envoie toujours une sacrée énergie à bientôt 70 ans pour les plus avancés. Peut-être en les espaçant plus dans le temps et en s’aidant de la technologie, il y a encore moyen de partager du plaisir et pour eux de continuer à faire la seule chose qu’ils connaissent au final. Un  concert-réunion a déjà eu lieu en 2000 au Wacken Open Air avec certains anciens membres (Uli John Roth, Michael Schenker, Hermann Rarebell). Un projet encore plus grand avec tous les membres encore vivants serait un rêve personnel. Extirper des vieilleries de leur énorme discographie et les remettre à la lumière actuelle pourrait aussi être une piste à étudier, si ce n’est pas un genre d’arnaque come l’album Black For Good (2011). Il y a donc encore un peu de joie à donner, pour le plus grand plaisir des fans de trois générations.

Khaos

Pour commander l’ouvrage, le site de l’éditeur Camion Blanc : http://www.camionblanc.com/detail-livre-scorpions-50-ans-dans-l-il-du-cyclone-1025.php