Pascal Pacaly

Nous avions déjà interviewé Pascal Pacaly lorsqu’il a publié son livre La France Est Rock. Cette année, l’auteur stéphanois revient avec Paris Rock Underground, un ouvrage dédié aux groupes de rock et de Metal parisiens, plus ou moins connus, mais également à plusieurs salles de concert. C’est donc l’occasion d’en savoir un peu plus sur Pascal, son leitmotiv et son point de vue avant sa séance de dédicace prévue ce jeudi, au Klub à Paris.

Sons Of Metal : Salut Pascal. Depuis notre première interview en septembre 2016 dans laquelle tu nous parlais de La France Est Rock, tu as publié un nouveau livre, Paris Rock Underground. Tu as un rythme de travail plutôt rapide !

Pascal Pacaly : T’as vu ça ? Et encore il m’en reste pas mal en stock… Mais bon, la littérature, c’est toute ma vie, alors… L’avantage qu’on a sur les rockeurs, c’est que même à 90 piges, on pourra toujours écrire ahah. Alors qu’à cet âge-là, sur scène, hum… !

SOM : Tu parles exclusivement de groupes parisiens qui ont vu le jour et ont tourné à des périodes différentes. Les textes sont présentés comme des nouvelles biographiques. Comment t’y es tu pris pour les écrire ? As tu rencontré les membres de tous ces groupes ?

Pascal : Oui bien sûr, comme pour « La France est rock » et les autres livres d’avant. Pour moi, avoir le récit de la bouche des membres est essentiel… Et puis tu vois la gestuelle, le regard, le visage, tu entends la passion toujours là malgré les années, l’intonation… Tu peux créer une complicité aussi.

Paris Rock Underground front coverSOM : Dans notre précédente interview pour La France est Rock, tu me disais que la musique reflète bien la société à un instant « T ». J’imagine que c’est la même chose pour la ville de Paris. Quelle a été l’évolution de l’underground parisien ?

Pascal : L’underground a bien sûr été très puissant lors des années alternatives 80’s avec tout ce qu’il y avait de fanzines, squats… Aujourd’hui, c’est peut-être un moins là car il faut faire avec une société de plus en plus formatée, policée, fermée, moins tolérante et cela vaut pour le public que les différentes structures, municipales ou non. Mais il y a toujours une certaine forme de résistance, il y a des lieux et des gens qui ont su garder cet esprit-là. Je pense à des petits bars comme la Féline qui ont encore une âme, où à l’asso les Barrocks qui fait toujours tourner des groupes. Le truc, c’est qu’Internet fait que les gens sortent moins, sans parler des attentats. Avant on sortait plus parce que d’une part les gens étaient plus curieux, ouverts d’esprit et qu’il n’y avait pas autant de choses pour nous retenir à la maison. Mais l’art et ses valeurs se transmettent – aussi grâce à Internet d’ailleurs- et j’ai bon espoir qu’il y aura toujours des gens prêts à mouiller la chemise pour les autres.

SOM : Sur la présentation du livre, on peut voir que tu parles de groupes comme Mass Hysteria, Washington Dead Cats, L’esprit du Clan mais aussi de salles de concert, ce qui m’a surpris, dans le bon sens du terme. Voici un sujet plutôt rare en littérature ! 

Pascal : Et pourquoi pas ? Une Histoire rock ne se résume pas seulement de groupes. Les lieux, tout connement, sont gérés par des passionnés qui ont pour ambition de faire vivre leur rock à eux. Quand tu prends la miroiterie par exemple, c’est un des lieux typiquement emblématique d’une scène punk parisienne. Il y a eut plus de 1000 concerts, t’imagines. Et c’est aussi un lieu où il y avait une certaine vision de la vie, de la société. Les lieux en disent autant que les groupes sur une période. Autre exemple que l’on trouve dans le livre, le Bus Palladium, lui, était plus 70’s poudre et paillettes et stars… Une autre période, une autre vision mais tout ça fait  » Paris Rock ».

SOM : Continuons sur les salles de concert. Je suppose que tu as rencontré ou discuté avec des gérants de salles, des propriétaires… Quel est leur point de vue sur la scène musicale parisienne ?

Pascal : Tout dépend de quelle époque ils sont. Forcément si tu parles à quelqu’un qui a vécu dans les 70’s ou 80’s, il y aura une certaine nostalgie d’une époque où c’était moins  » méfiance de l’autre ». Aujourd’hui, c’est pas mal « business business » et tout ce qui va compter pour eux c’est combien de monde tu vas ramener, peu importe ou presque ce que tu joues. Bien sûr, il reste des lieux avec un vrai esprit rock comme la Cantada, les Furieux, mais ce sont des endroits installés depuis un certain temps déjà. Bref, tout va dépendre de qui sera aux manettes, si c’est quelqu’un de rock ou business…

SOM : Revenons aux groupes. J’ai cité Mass Hysteria mais qui dit underground dit « groupe obscur », si je puis me permettre. Comment as tu eu connaissance de ces formations ?

Pascal : Disons qu’à force de traîner ici et là, tu fais pas mal de connaissances. Ces connaissances ont des références et quand celles-ci reviennent fréquemment, tu sais que tu es sur une bonne piste. Il y a le bouche-à-oreille des anciens, les livres rock justement qui t’en disent beaucoup et ta propre culture rock ! Paris, c’est tellement vaste… Mais tu arrives fatalement avec tout ce que je t’ai dis au-dessus à faire des recoupements.

SOM : En regardant ton teaser sur YouTube, j’ai entendu beaucoup de Punk Rock dans la bande-son. On assimile souvent ce genre à l’underground. Punk is not dead ?

Pascal : Pourquoi mourrait-il ? En plus, t’as vu cette société de plus en plus pourrie ? À mon avis t’auras toujours des trucs à dire…

SOM : D’ailleurs, en parlant des Punks, on en vient aux squats qui sont typiquement des lieux « punks » et tu y consacre quelques pages. En quoi ces lieux sont essentiels Le Klub Arno Futurpour l’existence de ce genre musical ?

Pascal : Parce qu’ils permettent l’expression de certains dont on ne voudrait pas ailleurs. Parce que le Punk, le Metal sont encore des musiques qui font peur à certains : pas tant pour leur musique, mais plus pour le public qu’il draine… Voir toutes ces crêtes, ces tatoués, ces perfectos fait encore peur à une certaine frange de la société. Pourtant la violence est partout : la violence est d’abord politique, la violence est télévisuelle. Mais, avec la télé, on est encore à l’abri : on ne craint rien, on est chez soit. Après, les squats, ils peuvent être pas très loin de chez toi. On sait jamais, si en rentrant le soir tu tombes sur un punk, des fois que… Bien sûr il y a des cons partout, chez les punks comme les costards cravates mais le con, encore une fois, c’est celui qui croit ce que la télé lui raconte. Non, il faut aller voir de soit-même, dialoguer encore et encore, apprendre de son prochain et il y a de grandes chances que ça finisse autour d’une mousse. Ou de plusieurs, en fait.

SOM : Le Rock est contestataire, on le sait depuis Elvis. Mais le Rock underground l’est encore plus, non ?

Pascal : Depuis Elvis ? Hum, il y aurait bien des choses à dire à ce sujet… Sinon le rock underground est contestataire, oui et non… Pour moi, il y a beaucoup de groupes qui disent qu’ils s’en foutent de pas réussir mais c’est tout sauf vrai. On a (presque) tous envie de réussir. Si tu peux faire une carrière internationale tu vas pas te gêner. Les mecs qui ont fait 30 piges dans des vans, des motels et autres pas terrible te le disent net : ils préféreraient des conditions largement meilleures, des bons hôtels, une bouffe meilleure, un accueil plus sympa… Parce que le rock sur la route, c’est pas toujours bandant hein, loin de là. Entre le sommeil, les ego, la crasse, les conditions de scène, le public parfois absent, faut être sacrément motivé. La contestation, c’est de voir ce peuple qui est ton public – et souvent toi-même- galérer au quotidien. C’est de voir cette violence, ces politiques nous diviser pour mieux régner et ça continue, et hélas, je crois que ça continuera. Donc, un peu comme je l’ai dit au-dessus, tant qu’il y aura à gueuler, ça gueulera, et c’est tant mieux. C’est une sorte d’utopie, un partage, un rêve qu’enfin on trinque tous ensemble sans se prendre la tête. Mais l’humain étant ce qu’il est, imparfait, ce n’est, à mon avis, pas pour de suite. En attendant, chacun poursuit sa route à sa façon…

SOM : Un mot sur tes futurs projets ?

Pascal : Après « Paris rock underground », cela va être « Sainté rock », sur le même principe. Un devoir de mémoire autant qu’une analyse sociétale. On partira des 80’s jusqu’à aujourd’hui, avec du punk, du rock, des groupes, des salles, des festoches. Saint-Étienne, qui est la ville où je vis, est un lieu bien plus rock que l’on croit. Par exemple : bien peu le savent mais sous un label stéphanois a vu le jour une compile qui s’appelle  » Les héros du peuple sont immortels », avec dedans O.T.H, Parabellum, les Hos Pants, Les Thugs, La Souris Déginglée, Babylon Fighters, les Rats, les Portes-Mentaux, rien que ça. Puis après ce sera la suite de « La France est rock ».

SOM : Comment pouvons-nous te suivre ?

Pascal : Facebook, dédicaces, bars stéphanois….

SOM : Je te remercie d’avoir pris le temps de me répondre. Je te laisse le mot de la fin.

Pascal : Merci à toi, the show must go on…

Liens :

Teaser de Paris Rock Underground : https://www.youtube.com/watch?v=IwBDIC5RB4E