Histoire de luthier : Gherson Guitars

Posté le : 17 avril 2018 par dans la catégorie Chroniques
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Gherson SG G2 de 1974

Vous connaissez tous Fender, Gibson, Rickenbacker mais connaissez-vous l’histoire de ce luthier indépendant nommé Gherson Guitars ? Peu de gens le savent mais Gherson, petite entreprise italienne, s’était mise à fabriquer des répliques aussi bonnes que les originales. Mais comme le business est impitoyable, Gherson fut forcé de mettre la clef sous la porte au milieu des années 80. Retour sur l’un des luthiers les plus talentueux de son époque.

Gherson, un nom qui ne vous dira rien mais qui fut pourtant synonyme de qualité. Fondé en 1968 par Alfredo Menghini à Recanati dans la région de Marche (sur la côte adriatique), Gherson produira jusqu’en 1983 moult guitares, basses (et même des amplis) de très grande qualité, solides et désormais très recherchées des collectionneurs.

Depuis sa création jusqu’à sa fermeture actée en 1985, Gherson fabriqua des répliques des légendaires Fender Stratocaster et Telecaster, des Gibson Les Paul et SG (dont la fameuse SG double manche de Jimmy Page). Les basses faisaient également parties du catalogue avec des Rickenbacker 4001 (la basse de Lemmy Kilmister), des Fender Precision et Jazz Bass. Tous ces instruments reprenaient les caractéristiques des modèles originaux, aussi bien dans le design que dans la nature du son en passant par les bois utilisés, en particulier le frêne et l’acajou pour la caisse, et le palissandre pour la touche. De l’avis de quelques utilisateurs retrouvés sur le net, les instruments Gherson valaient largement les modèles dont ils s’inspiraient.

On peut diviser l’histoire de Gherson Guitars en deux parties. La première phase qui dura de 1968 à 1976 et la seconde de 1977 à 1983. Jusqu’en 1976, la gamme d’instrument était nommé V1. Cette gamme se reconnaît au look « kitsh » des instrument et à un logo reprenant la police d’écriture que l’on peut voir sur les pochettes d’albums de Stoner Rock comme Monster Magnet, Fu Manchu… La deuxième gamme, appelée V2 a vu apparaître les copies conformes des modèles US, les micros doubles DiMarzio et un nouveau logo plus sobre. C’est là que les choses commencèrent à se gâter pour notre artisan.

Comme vous vous en doutez, les constructeurs n’aiment pas que l’on copie leurs créations, surtout quand elles font l’objet de brevets déposés. Gherson, comme bon nombre de luthiers japonais, reproduisait les instruments sans en avoir l’autorisation, sans acheter les licences de fabrication. Aux débuts des années 1980, les trois grands constructeurs américains Fender, Gibson et surtout Rickenbacker se lancent dans une chasse mondiale aux copieurs. Les premières cibles sont japonaises et se nomment Ibanez, Tokai, Aria, Greco, Amfisound, entre autres. Bien que les usines nippones ne ferment pas, elles doivent toutes changer le design de leurs instruments et en conséquence en créer de nouveaux. Vint ensuite le tour de l’Europe et celui de Gherson. Là, aucun compromis n’est trouvé et le fabricant transalpin n’a d’autre choix que de fermer son entreprise. Ainsi, en 1983, c’est la fin d’un luthier qui aura construit des centaines de répliques d’excellente qualité. Mais pas seulement puisqu’un modèle original aura quand même été conçu. Il s’agit d’une guitare électrique, la THSP (et sa variante DN 6/4 à double manche), équipée de micros Shadow et d’un manche conducteur. Hélas, cette guitare au look particulier est devenue très difficile à dénicher. Les autres modèles de guitares et de basses, bien que rares, restent possibles à retrouver en Europe. Les prix varient selon la date de fabrication mais restent raisonnables pour des instruments peu courants dont la qualité égale voire surpasse celle des modèles originaux. Dans les années 70/80, un modèle Telecaster (la TL) valait 200 euros de moins que l’original construit par Fender, pour une qualité de fabrication sensiblement équivalente. Si vous êtes un collectionneur ou tout simplement un passionné qui aime la fabrication artisanale, essayez de trouver une Gherson et testez-la, ça vaut le coup !

Enfin, je vous invite à visiter ce site pour voir toute la production de Gherson.

À bientôt pour une nouvelle histoire de luthier !

Kouni