Violent Instinct front cover

Chose inhabituelle, nous allons aujourd’hui vous parler non pas d’un Cd mais d’un livre écrit par Saad Jones, Violent Instinct. Pourquoi vous parler d’un roman ? Parce que l’histoire tourne autour d’un groupe de Métal, un sujet rarement abordé dans le cinquième art, voire même inédit. Nous ne pouvions passer à côté de cela.

Violent Instinct nous raconte la vie quotidienne d’un groupe de Métal en pleine gloire, celle de HM. En fait, c’est plutôt les individus qui composent le groupe que nous allons découvrir. En premier lieu, il y a Tilio le chanteur, un être torturé et blasé de son existence, sans cesse bridé par le véritable leader du groupe, le guitariste Zafer, un homme déterminé et autoritaire. Deux personnalités fortes qui s’affrontent sur scène et dans les loges. Evidemment, l’histoire du Métal regorge de faits similaires : The Police, par exemple, où les bagarres entre Sting et Stewart Coppeland étaient courantes, ou encore Kiss et The Cult pour ne citer qu’eux. Parallèlement à ce premier arc narratif, nous suivons également la vie d’un fan acharné, Dan, prêt à tout pour voir ses héros sur scène. En cela, il ressemble à ces ultra fans d’AC/DC ou d’Iron Maiden qui connaissent les paroles par cœur, s’habillent comme leurs idoles, ont les portraits des musiciens tatoués sur leurs bras ou dans le dos. Dan met ses idoles au premier plan dans sa vie. Il achète le magazine dans lequel figure une interview de HM, écoute la radio pour suivre un direct, achète les places de concert à prix d’or et va les voir deux soirs de suite… Bref, le fan ultime.

D’un côté comme de l’autre, nous sommes témoins de comportements très humains, égoïstes, sournois mais aussi généreux. La déception aussi quand Dan est confronté à ses héros lors d’une séance de dédicace où les musiciens se montrent totalement indifférents. L’extase lorsque l’auteur décrit très précisément ce moment tant attendu du concert, lorsque le groupe joue « la » chanson préférée du spectateur. Nous sommes plongés dans le quotidien laborieux du fan, petit homme de la classe populaire qui trime six jours sur sept pour manger et payer son loyer et dont la seule échappatoire est la musique. Le quotidien tortueux du groupe, partagé entre la consommation abusive de drogues et d’alcools, les trajets interminables, l’éloignement avec leur famille, les luttes intestines pour savoir qui pisse le plus loin…

Avec un rythme soutenu, la trame défile, l’histoire se développe logiquement et la tension monte. Que ce soit pour le fan ou pour le groupe, on se doute que les choses peuvent et vont mal tourner. Mais nous gardons l’espoir que les choses s’arrangent car, il faut l’avouer, les protagonistes sont attachants. Même si Dan agit parfois de manière idiote ou que Tilio s’enferme de lui-même dans un cercle vicieux, une bulle fictive de plaisirs éphémères, nous souhaitons que chacun trouve un équilibre, une rédemption ou tout simplement une existence plus saine.

Il s’agit du premier roman de Saad Jones et il faut reconnaître que le bonhomme a tapé juste. Ces pages sentent le vécu, l’expérience. Même sans connaître les détails de la vie de l’auteur, nous sentons qu’il connaît intimement le milieu et a dû vivre des expériences décrites dans chacun des chapitres. Tout fan de Métal se sentira touché personnellement par un détail, un fait, une description. Et comprendra. Au fil des pages, l’auteur devient le témoin, le confident qui raconte des faits intimes. Et, je l’avoue, c’est passionnant. Le livre se laisse dévorer, les pages tournent à un rythme digne du Death Metal. Le temps avance mais le livre nous le fait oublier.

Avec des personnages hauts en couleurs, attachants, parfois vils et sournois, parfois sensibles et fragiles, parfois bons et bienveillants, un scénario simple mais gardant quelques surprises, une histoire paraissant si réelle qu’elle l’est certainement, Violent Instinct est un très bon roman. N’essayons pas de le comparer à des best sellers écrits par de grands littéraires car Violent Instinct est un OVNI ou plutôt un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié). Il ne ressemble à aucun autre roman et n’appartient à aucun style littéraire. On pourrait le rapprocher à la dramaturgie grecque, s’il fallait vraiment lui coller un étiquette, avec des héros qui ne sont pas sans rappeler les Ulysse, Achille, Paris et autre Andromaque… Mais Violent Instinct, comme le Métal, se fout des étiquettes. Il faut le prendre pour ce qu’il est, à savoir un bon roman sur l’univers Métal et probablement le seul, d’ailleurs. Mais au-delà du Métal, il replace les idoles à leur véritable place : celle d’êtres humains, simples, torturés, instables, inquiets quant à l’avenir incertain mais néanmoins rêveurs qui s’efforcent de garder espoir et qui continuent leur route coûte que coûte. Des êtres humains emportés par la force des évènements qu’ils ne peuvent contrôler. L’histoire de la vie.

Kouni

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