Interview : David Bour (Iron bastards) en toute intimité

Posté le : 02 octobre 2018 par dans la catégorie Interviews
Tags:

Iron Bastards photo band

Iron Bastards, cette véritable usine de rock’n’roll est actuellement en studio pour pondre une nouvelle galette. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas vous pencher sur leur dernier opus en date, Keep It Fast, et même sur leur discographie complète que tu pourras trouver sur Bandcamp (lien en bas de l’article). Alors fais vite !

Interviewer David Bour, bassiste et chanteur du groupe et lui poser des questions que l’on ne pose pas habituellement, sortir quelque peu des sentiers battus pour connaître la personne derrière le frontman que nous connaissons tous, voilà un beau challenge que David a bien voulu relever et s’y prêter avec un plez gros comme ça ! Merci à toi !

Sons Of Metal : Salut David, en quoi consiste l’échauffement de ta voix, que ce soit en studio ou live ?

David Bour : C’est une habitude et peut-être une erreur due au fait que je sois autodidacte mais j’ai tendance à commencer un concert à froid. Je connais assez bien ma technique de chant et j’essaie simplement de ne pas commencer par des morceaux dans lesquels je dois pousser ma voix et chanter « haut ». C’est pour ça que certains morceaux ne sont pas joués avant la moitié du set. Quelques bières avant et pendant le concert pour se mettre dedans et en général ça se passe bien. En ce qui concerne le studio, j’ai essayé différentes façons de faire avec les années et je suis assez satisfait de celle utilisée sur l’enregistrement du troisième album, le mois dernier. J’ai pris l’habitude de doubler toutes mes voix sur les disques. Pour ma dernière session en studio, j’ai décomposé nos chansons et enregistré chaque partie l’une après l’autre, en la chantant plusieurs fois jusqu’à avoir deux versions bien chantées et similaires. Par exemple, sur le premier couplet d’un titre, je le faisais successivement cinq à six fois, parfois plus, parfois moins, en gardant les deux meilleures versions avant de passer à la partie suivante. Cela me permet de parfaire le flow, le phrasé, la prononciation et de bien tenir la tonalité. Cela n’enlève rien à la spontanéité d’une chanson. Je ne fais rien sur disque que je ne saurais faire sur scène. Mais cela participe à la démarche de tout le groupe de s’améliorer sur les détails et de parfaire le songwriting. Ce n’est pas pour rien que nous avons hâte que sorte Cobra Cadabra.

SOM : Avant de monter sur scène, tu ressens le trac malgré les années d’expérience ?

David : Je ressens plus l’excitation que le trac. Le principal enjeu d’un concert est de passer un bon moment et faire passer un bon moment. Cela dit, j’étais un peu anxieux avant les premiers concerts que nous avons pu faire en Angleterre, où pour le coup les gens comprenaient les paroles autant que la musique. Mais au bout de 2/3 chansons, quand les gens accrochaient, c’était très vite dissipé. Et puis c’est comme pour le chant : quelques bières avant et pendant le concert ça détend, indéniablement.

SOM : Tu es venu comment à la musique ?

David : J’ai commencé à écouter du rock’n’roll, celui des 50’s, vers mes 12 ans puis j’ai découvert les années qui ont suivi le rock, le punk et le métal. J’ai été très marqué par Slayer, découvert à mes 14 ans, par Metallica et par Motörhead. Et lorsqu’en janvier 2006 j’intègre l’internat de mon lycée après un début d’année scolaire très compliqué, un tournant s’opère. Je venais de me mettre à la guitare, sans objectif particulier, et me suis retrouvé avec deux mecs déjà initiés, avec de la pratique musicale personnelle et en groupe. J’ai évidemment raté la fin de cette année scolaire et j’ai redoublé ma seconde. Mais j’ai écouté ce qu’on me racontait, j’ai travaillé sur mon instrument. J’ai découvert une autre façon d’appréhender la musique et j’ai compris que c’était ça mon truc, mon moyen d’expression, la chose qui me transcende, ce autour de quoi je voulais faire tourner ma vie durant les années qui allaient suivre : faire de la musique, sortir des disques et faire des concerts.

SOM : La vision de ta famille sur ton activité de musicien ?

David : Il faudrait leur demander pour avoir une réponse précise mais je pense qu’elle est contrastée : il y clairement du soutien et du respect pour toute l’énergie mise là-dedans et pour la musique produite car mesDavid Bour - Iron Bastards parents sont venus souvent me voir en concert et apprécient plutôt pas mal notre musique, notamment mon père qui m’a initié au vieux rock’n’roll, lui le fan de Chuck Berry et Jerry Lee Lewis. C’est lui qui m’a acheté ma première guitare électrique et ils savent pertinemment que tout cela est une passion dévorante dans laquelle je me plais. Même ma sœur qui n’a pas de penchant particulier pour le Rock, vient de temps en temps me voir. Il y a probablement aussi un peu d’incompréhension sur le fait que je fasse tourner ma vie autour de ça et une certaine anxiété sur le fait qu’à 28 ans, ma priorité reste mon groupe. Mais ça, c’est notre souci à eux et moi ! J’aime à penser que la persévérance paie d’une façon ou d’une autre et je ne vois pas quels regrets je pourrais avoir de passer mes weekends sur la route avec mes deux meilleurs amis, rencontrer du monde et m’éclater. J’en aurais par contre en ne le faisant pas.

SOM : Ton meilleur souvenir de musicien ?

David : Je suis bien obligé d’en mettre plusieurs : l’Obscene Extreme Festival en 2013 en République Tchèque avec mon ancien groupe de Grindcore, Ratbomb. L’année 2017 pour Iron Bastards m’a valu quelques grands moments : le Hellfest en juin, suivi la semaine d’après de la première partie de Phil Campbell qui m’a valu de rencontrer Arnie, ingénieur du son de Motörhead. Et notre premier concert à Londres, au Devonshire Arms sur Camden, en septembre de la même année. Enfin, de façon surprenante, notre tournée polonaise de septembre 2015 qui s’est achevée à Cracovie par le vol de la camionnette contenant tout notre matériel. Mais l’élan de solidarité qui s’en est suivi, avec une caisse de donation mise en place par deux personnes que nous connaissions à peine et plusieurs concerts de soutien, nous a reboosté et fait incroyablement chaud au cœur. Dis-toi que nous étions sur scène la semaine qui a suivi cet épisode.

SOM : Ton pire souvenir de musicien ?

David : L’Obscene Extreme Festival en 2013 toujours, où j’ai eu la grande idée de me retourner la tête après notre concert et de gâcher ma rencontre avec Barney Greenway de Napalm Death, un groupe que j’adore. Au moment de notre rencontre, je n’ai pas su trouver un mot à prononcer alors que j’aurais aimé le remercier pour leur musique plutôt que simplement lui serrer la main et bafouiller derrière.

SOM : Quelles études as-tu faites ?

David : J’ai obtenu un BTS en Communication en 2011 qui ne m’a jamais vraiment servi dans ma vie professionnelle, puisque je me suis reconverti dès 2012 dans l’animation auprès d’enfants. Non sans avoir mis les pieds dans des secteurs très différents : restauration, centre d’appel, bâtiment… J’ai même été réserviste dans l’Armée de Terre et permanent dans un parti politique. Une école différente de celle de l’Éducation nationale mais néanmoins très formatrice.

SOM : Si tu devais changer de métier, ce serait lequel ?

David : Professeur d’Histoire.

SOM : Tes goûts en matière de nourriture ? Un plat préféré ? Un vin préféré ?

David : Tu seras ravi d’apprendre que je suis végétarien depuis huit ans et que mon plat préféré est la pizza. Avec les deux autres Bastards, nous sommes un croisement entre les tortues ninjas et le guide Michelin de la pizza. Angleterre, Allemagne, Belgique, Italie, Pologne ou encore les quatre coins de la France : nous avons goûté des pizzas dans beaucoup, beaucoup d’endroits.

SOM : Tes rêves de voyages ? Un endroit dans le monde que tu souhaiterais voir absolument ?

David : Étant très curieux, il y a très peu d’endroits dans lesquels je refuserais d’aller et beaucoup pour lesquels je signerais dans la seconde. Instinctivement, je dirais Cuba, la Russie, l’Amérique latine, l’Amérique centrale et celle du nord. Cela peut paraître étrange aux yeux de certains mais je mettrais la Corée du Nord car ce pays m’intrigue. Il s’agit d’un pays aux antipodes de que nous connaissons et dont je ne pense pas qu’on puisse le comprendre avec des yeux d’occidentaux. Ses dirigeants ont beau se réclamer du communisme, l’imaginaire de la Corée du Nord tel qu’il est instruit là-bas est bien plus complexe : s’y mêlent pureté de la « race » coréenne (Sud compris), anti-impérialisme et égalitarisme. Et je m’interroge : à la vue de leurs conditions de vie, on pourrait imaginer une rébellion bien plus importante et pourtant celle-ci est presque inexistante. Alors oui, c’est une dictature dans laquelle la seule rébellion possible est de la fuir, mais n’y a-t’il pas en plus une adhésion à une vision du monde et la conviction que c’est le seul moyen pour ce pays de conserver une certaine indépendance ? Je m’interroge. Rien de ce que je ne fais dans ma vie ici en France ne serait possible là-bas et j’ai une certaine empathie pour ces gens dont la vie est dure, très dure. Mais je ne veux pas faire de la vie des Nord-Coréens un simple sujet d’étude et j’aimerais beaucoup voir ça un jour de mes propres yeux en me contentant ce jour-là de me taire et d’écouter.

SOM : Une voiture de rêve ? Ta caisse actuelle ?

David : Je suis assez attentif et intéressé quand d’autres m’en parlent mais ce n’est pas un sujet sur lequel j’ai grand-chose à dire, désolé !

SOM : Tu pratiques un sport ? Tu as un sport préféré ?

David : Tu veux dire, à part le Rock’n’roll ? Non, pas actuellement, même si je tape dans le ballon de temps à autre. J’aime beaucoup le football, je trouve que c’est un sport très complet et j’aime beaucoup le regarder. C’est aussi un phénomène sociologique très intéressant. Je déplore les dérives financières et une partie du spectacle autour, mais je n’aime pas le mépris que ça peut engendrer chez certains à l’égard d’un sport très populaire et qui est bien plus riche que « courir derrière un ballon ». Je ne soutiens pas de club particulier, à part évidemment le Racing Club de Strasbourg.

SOM : Ton rêve que tu juges raisonnable ?

David : Tourner avec Iron Bastards sur un continent étranger.

SOM : Ton rêve que tu juges inaccessible ?

David : Rencontrer Lemmy Kilmister, rêve inaccessible pour des raisons évidentes, le décès de ce cher Lemmy.

SOM : Quelle est la chose qui te révolte le plus dans ce monde ?

David : Je passe mon temps à m’énerver contre le monde qui m’entoure. Rien qu’aujourd’hui, je me suis énervé contre Manuel Valls qui a fait campagne à Barcelone avec des deniers publics français jusqu’à enfin annoncer sa candidature ou encore contre l’arrogance d’Emmanuel Macron, le « Champion de la Terre ». Mais au-delà de ces comportements individuels, je suis autant révolté que consterné par le fait de vivre dans un monde si riche et que cette richesse soit accaparée par une minorité, et que cette minorité impose ses desirata aux autres et à son seul profit. Ces comportements individuels ne sont que la conséquence logique du système capitaliste. Mais aujourd’hui, non seulement celui-ci nous pourrit la vie mais en plus, il détruit le seul écosystème compatible avec la vie humaine, pour reprendre des mots qui ne sont pas les miens. J’aimerais être optimiste mais parfois c’est difficile. Un proverbe russe dit qu’un pessimiste est un optimiste bien informé. Mais gageons qu’un autre futur est possible. « Pessimisme de la raison, optimisme de la volonté », pour paraphraser Antonio Gramsci.

Pat

Liens :

Page Facebook d’Iron Bastards : www.facebook.com/ironbastardsrocknroll

Bandcamp : https://ironbastards.bandcamp.com/