Interview : Dust In Mind

Posté le : 23 octobre 2018 par dans la catégorie Interviews
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Comme dirait Patrick B. (putain ça commence bien l’interview en terme de références) c’est comme si on s’était dit rendez-vous dans trois ans, même jour, même heure, mêmes pommes. Les Strasbourgeois de Dust In Mind ont sorti leur nouvel album le 19 octobre. On se voit à nouveau à La maison Bleue mais le line-up à un peu changé depuis la dernière fois. Si Jennifer et Damien sont toujours les deux vocalistes et compositeurs, ils sont aujourd’hui entourés de Xavier (Basse), Jackou (batterie) et Yann (guitares).

Ça fait trois ans tout pile qu’on vous a vu (voir une première interview de Dust In Mind en octobre 2015 https://sons-of-metal.com/2015/10/22/interview-dust-in-mind-lorsque-douceur-et-brutalite-se-regardent-en-miroir/), vous lanciez alors la promotion de votre tout premier album : Never Look Back. Pour faire une revue globale sur ces trois ans, vous diriez quoi si vous devez mettre trois/quatre grosses pierres blanches qui sont vraiment des passages pour vous jusqu’à aujourd’hui ?

Damien : Je dirais évolution musicale, line-up.

Jennifer : D’avoir tourné avec Pain.

Damien : Ouais, les concerts en fait. Pour moi, c’est les trucs les plus importants. Parce qu’aujourd’hui, notre line-up il est à peu près stable et il est cohérent par rapport à ce qu’on souhaite faire. Tout le monde sait dans quelle direction on va, on est tous d’accord et on travaille main dans la main. Evolution musicale car on est plus exactement sur la même musique qu’avant, on fait quand même des choses un peu différentes.

Jennifer : Des trucs un peu plus groovy, efficaces, variés. On s’est un peu ouverts, musicalement parlant. Je pense que c’est un peu plus accessible maintenant. Et après, le parcours autour des concerts. On fait pas non plus mille concerts par an mais on fait des bonnes dates et c’est vrai que la tournée avec Pain qui est quand même notre influence majeure depuis le début du groupe, c’était quand même génial. Les dates avec Arch Enemy aussi, ça nous a quand même, en termes de notoriété, fait du bien.

Justement, j’avais une question par rapport à ça, Pain. Quels souvenirs en gardez-vous ? J’avais alors vu des photos dans la neige (rire général).

Damien : C’est bien, t’as suivi toutes les merdes !

Est-ce que vous pouvez un peu détailler, surtout que c’est un peu ton modèle, le leader de Pain.

Damien : Peter (Tätgren). Je vais parler de la rencontre plutôt et Xavier va parler de la neige parce que ça c’est marrant. Je fais de la musique à cause de lui et c’est lui quand j’étais plus jeune, avec son groupe Hypocrisy qui m’a retourné la tronche, qui m’a donné envie de faire la même chose. C’est vrai que de le voir, tourner avec lui dans le même tourbus en plus, c’était assez drôle. Et surtout de voir que c’est pas un connard. Parce qu’il pourrait se la péter, c’est quand même un grand producteur, il a fait un million de trucs. Mais non en fait, c’est un gars adorable, ultra respectueux. Il demande si t’as bien dormi, il demande si t’as besoin de quelque chose. Pour le merch, il s’arrange pour que tu aies plus de place et c’est juste abusé quoi. Il est largement plus respectable que d’autres, très humble. Du coup, il impose beaucoup plus le respect. Humainement c’était génial. Techniquement, c’était un des pires tours mais il faut le prendre à la rigolade et du coup, Xavier, s’il veut parler de la neige par exemple…

Xavier : Le truc de la neige, ouais, c’était assez folklorique. On finissait les dates en Ukraine. On part, on boit encore un coup on va au lit tranquillement et dans nos têtes on s’imaginait parce que le lendemain c’était le seul day off de tout le tour. Et du coup, on se faisait des plans : dormir à l’hôtel, visiter un peu une ville, manger au resto tous ensemble. Et finalement, on se réveille le lendemain, je sors de la couchette, je tombe sur le bout du couloir où t’avait juste le bout de la fenêtre à l’avant du bus. Et tu vois une petite route qui avait juste la largeur du bus et de la neige partout. Direct on s’est dit : « qu’est-ce qu’on fout là, on a rien à foutre là ?! ». Normalement c’est pas le plan.

Damien : Sur une route de campagne c’est pas très logique qu’il y ait un tour bus tout court, normalement c’est les grands axes.

Xavier : Ouais et bref c’est le chauffeur qui, pendant la nuit, a pris un autre chemin. Il s’est planté, il était complètement confus.

Jennifer : On est restés trente-six heures dans le bus. On est restés embourbés, on ne pouvait plus avancer.

Xavier : Sans flotte, avec de la bière, de la vodka et du Jäger. Du coup on en a profité.

Damien : C’était une des pires tempêtes apparemment en Ukraine depuis quarante ans ou un truc comme ça et nous on se l’est pris. Sur le coup, t’es sensé t’être reposé et t’es deux fois plus crevé.

Jennifer : Par contre, cette tournée c’était super, humainement parlant. C’est dans les pays de l’est, majoritairement, de l’Allemagne à la Biélorussie. On a fait quatorze pays et on voit que ce sont des pays où il ne se passe pas tant de choses que ça en terme de concerts et, nous, en tant que Français, on était reçus comme des dieux. Le public nous a beaucoup apprécié vu la similitude musicale qu’on avait avec Pain. Donc c’était de très bonnes retombées, notamment un public qui était totalement fou, surtout en Biélorussie. Ils étaient contents de nous voir.

Oui et du coup vous fermez un peu le chapitre de votre deuxième album Oblivion. Avec le recul, comment a t’il été reçu par le public ?

Damien : Plutôt bien sinon nous n’aurions pas réussi à faire ce tour, il me semble. On aurait pas été pris au sérieux. Nous avons réussi à donner une belle image, à faire une production qui était au moins au niveau des concurrents. C’était très encourageant. Il faut y aller à fond maintenant, c’est la bonne direction.

Jennifer : Le bilan est positif parce que notre album est quasiment sold out, là. Il nous en reste une petite poignée et on a tout vendu.

Xavier : Scéniquement, nous avons mis en place un jeu de scène qu’on avait pas forcément avant. On a développé aussi toute la déco qui va avec, les lights et tout ça. Ça fait aussi partie de la réputation qu’on a maintenant.

Dust In Mind - From Ashes To Flames front coverDonc vous sortez un nouvel album, From Ashes To Flame, le 19 octobre. On a découvert le dernier clip qui est sorti. Le lieu est particulier alors je vous laisse un peu en parler.

Jennifer : Le message de la chanson est l’environnement. On voulait parler des dérives de l’humain, le manque de respect et, en fait, j’imagine un parent qui veut faire prendre conscience à son enfant qu’il va lui laisser un monde un peu pourri. Du coup, on a vu il n’y a pas si longtemps sur les réseaux sociaux un documentaire sur une décharge sauvage près de Paris. Quand j’ai vu ça, je me suis dit : « ça illustre parfaitement la connerie humaine ». Du coup, j’ai cherché à contacter l’association qui s’occupe de dénoncer cette décharge pour qu’on puisse aller tourner là-bas (le collectif Déchargeons la plaine). À côté de ça j’avais envie d’images un peu apocalyptiques. Ce côté où il y a plus vraiment de verdure, il n’y a pas d’eau c’est un peu désertique. Et donc, là, j’ai trouvé ce désert en Espagne. On s’est pris une semaine avec le groupe pour une mission tournage de clip. Pour le clip on a alterné entre le désert et cette mer de déchets qu’il y avait à Paris. Avant, tous nos clips étaient tournés en Alsace avec les moyens du bord.

Oui, je me rappelle celui tourné dans une école, je l’ai trouvé assez drôle.

Jennifer : Oui c’est ça, c’était dans l’école de Xavier. Mais au bout d’un moment, on voulait montrer aussi au public quelque chose de plus original. Visuellement, il y a un changement par rapport à ce qu’on faisait jusqu’à présent. C’est que là il n’y a pas besoin d’en faire des tonnes en terme d’effets, le lieu se suffit à lui-même. Et d’ailleurs en Espagne on en a profité pour tourner deux clips vidéos, dont le prochain sortira le 19 octobre, le jour de la sortie de l’album.

La prochaine question est sur la pochette parce qu’effectivement on voit qu’elle évoque un peu cette question de l’environnement. On voit un arbre, des flammes, de la cendre. Du coup, est-ce qu’il y a plusieurs titres qui sont dans cette thématique même si c’est pas vraiment un album-concept sur l’environnement ?

Jennifer : Effectivement, il y a beaucoup de morceaux qui parlent de l’environnement mais pas que. From Ashes To Flame peut parler de l’environnement mais aussi d’un personnage qui arrive à nouveau à l’élever par rapport aux démons de son passé. C’était un titre qu’on pouvait adapter à plusieurs sujets. Et d’autres sujets, c’est toujours mes histoires à moi. Au niveau des paroles, c’est toujours de l’autobiographie donc il y a encore des sujets un peu personnels.

C’est vrai que c’est une caractéristique de vos chansons : à travers le texte vous voulez vraiment dire quelque chose. Ce n’est pas si courant parce que pas mal de groupes se cantonnent à un imaginaire mais n’essaient pas d’impliquer les paroles dans quelque chose de vécu.

Damien : Oui c’est vraiment un exutoire, 99% c’est du vécu. C’est notre sentiment, quelque chose de sincère et concret.

Jackou : Je n’ai pas écrit les paroles mais ce qui est bien lorsque tu les lis, tu trouves ça universel. Tous les êtres humains l’ont ressenti.

Au niveau de vos souvenirs sur scène, c’est surement lié à Pain mais est-ce que vous avez d’autres choses ?

Damien : Oh des bons souvenirs on en a quand même pas mal. On a aussi fait Arch Enemy en support sur les dates françaises.

Xavier : À Strasbourg c’était fou. On s’attendait à avoir plein de monde qu’on connaissait. Dans le tas, il y avait des fans de la première heure mais pas tant que ça.

Damien : Il y avait énormément de nouveaux venus puisque nous sommes strasbourgeois à la base. On a vu qu’il y avait beaucoup de nouvelles têtes et ils étaient tous cinglés. Donc là on s’est dit : « ok, il se passe quelque chose, je pense qu’on travaille pas trop mal ».

Xavier : Et le plus drôle c’était à la fin du concert de Strasbourg, il y avait deux/trois personnes qui étaient venues nous dire : « c’était génial, mais vous venez d’où ? » (rires).

Jennifer : Ça veut dire qu’on a pas assez communiqués avec ces gens-là mais dans un autre sens, ça fait plaisir quand ils ont l’impression qu’on vient de Paris, par exemple.

Damien : Oui, c’est cette image de venir d’ailleurs et d’être connus vraiment. Croire que pour ouvrir avec Arch Enemy, on doit pas pouvoir venir de chez nous.

Jennifer : Oui, le meilleur souvenir c’était ouvrir pour un très grand groupe comme Arch Enemy, chez nous. Le public n’est pas juste venu pour eux. Les spectateurs étaient là tôt, c’était plein dès qu’on a commencé à jouer. Un public déchaîné comme ça, c’était le meilleur cadeau qu’on puisse avoir.

Damien : Ou sinon en Biélorussie. Ils applaudissaient en rythme sur tous les morceaux, même avant que ça ne commence.

Xavier : Le bon souvenir que je garde était la Biélorussie, l’après concert. On se retrouve devant des gens qui ont un salaire moyen juste scandaleux. Ce sont des mecs qui donnent tout, ils arrivent en concert, juste déjà la place et une p’tite bière et pendant les trois mois qui suivent, ils ne vont bouffer que du riz. On était au stand de merch, ils n’achetaient quasiment rien. Nous n’avons fait que prendre des photos et signer des autographes.

Damien : C’était vachement agréable parce que tu sens qu’humainement tu peux pas faire plus sincère que ça. Ils étaient trop heureux que tu participe pour une fois à leur divertissement. Ils en ont pas beaucoup et tu sentais vraiment qu’ils en avaient besoin. Il y en a même un qui a fait signer un billet à Jennifer parce que leur monnaie (le rouble) ne vaut rien.

Xavier : Il y a aussi l’accueil assez royal que nous avons eu. En Lituanie, ils ont été super pour le catering. Je me rappelle aussi que pour débarrasser la scène, ils étaient six ou sept backliners. Ils étaient super pros.

Damien : Il y a eu d’autres concerts où c’était plus roots. Il y en avait un où nous avions un couloir en guise de loges. Mais bon, je trouve ça fait partie du jeu.

Est-ce qu’il y a des projets de live déjà en route et prévus ?

Xavier : Concrets pas énormément donc on va pas trop se prononcer. Par contre, il y a beaucoup de choses en cours. Difficile de dire quoi que ce soit. On va essayer de faire des vrais tours, traverser d’autres pays, voir d’autres gens. C’est difficile à gérer parce que c’est un buisness très particulier, requin. Difficile d’avoir des choses concrètes, des choses justes aussi.

J’ai aussi une question par rapport à votre propre studio d’enregistrement, Psyrus Studio, puisque c’est ton activité professionnelle et vous l’avez lancé en même temps que le premier album. Comment ça évolue ?

Damien : Alors évidemment comme je produis absolument tout dans Dust In Mind, on peut faire un peu la relation entre les deux. Ça continue et ça s’agrandit. On va aller à Strasbourg construire un nouveau studio (ndlr : il est actuellement à Soultz-sous-Forêt, dans le nord du département). Ça prend toujours du retard quand on veut construire quelque chose. Théoriquement, en fin d’année prochaine on devrait être opérationnels. On s’agrandit, on évolue au même titre que le groupe donc c’est bien.

Jennifer : On a aussi développé un peu les services. Avant c’était photos/vidéos/son. Là maintenant on a un van avec lequel on accompagne des groupes en tournée aussi. On les aide, on les drive, on fait le merch, on file un coup de main en backline. Et il y a encore une nouvelle branche qui va ouvrir prochainement, vous verrez.

Damien : La musique est clairement ma vie mais ça fait aussi du bien de faire autre chose, de s’aérer l’esprit. Donc on développe un peu tout ce qui est audiovisuel en général, à partir du moment où le contact passe et qu’on est d’accord sur les termes. On a même fait des mariages.

Très bien merci. Avez-vous un dernier mot pour les lecteurs de Sons Of Metal ?

Damien : Merci beaucoup pour l’interview. En trois ans, tu n’as pas trop changé ! (rires)

Propos recueillis par Khaos