Deficiency : Laurent et Jérôme en toute intimité

Posté le : 13 novembre 2018 par dans la catégorie Interviews
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Deficiency, le très solide groupe de Thrash Metal lorrain qui monte et qui monte et qui s’apprête à rentrer en studio pour son quatrième album, vient de boucler une tournée de plusieurs dates en France et en Europe, et pour ceux et celles qui auraient loupé cela, vous pouvez vous rattraper en vous jetant sur leur discographie disponible chez Apathia Records.

Rencontrer Laurent Gisonna et Jérôme Meichelbeck, les deux guitaristes du groupe et leur poser des questions que l’on ne pose pas habituellement, sortir quelque peu des sentiers battus pour connaitre la personne derrière les musiciens que nous connaissons tous, voilà un beau challenge que les deux p’tits gars ont bien voulu relever et s’y prêter avec un plez gros comme ça ! Merci à vous !

Sons Of Metal : Salut Laurent et Jérôme, Laurent. En quoi consiste l’échauffement de ta voix, que ce soit en studio ou en live ?

Laurent Gisonna : En général, j’utilise la méthode de Melissa Cross, coach vocal américaine qui a notamment travaillé avec Randy Blythe, David Draiman, Robb Flynn ou Corey Taylor. J’enchaîne quelques vocalises assez simples en voix claire. Je n’ai pas toujours beaucoup de temps pour me chauffer, donc je fais quelques-uns de ses exercices dans les backstages, parfois accompagné par les autres membres du groupe qui se foutent plus de moi qu’autre chose ! Je commence donc en voix claire uniquement pour ensuite pousser un peu en « scream », histoire de ne pas monter sur scène sans avoir préparé ma gorge à ce type de chant.

SOM : Avant de monter sur scène, vous ressentez le trac malgré les années d’expérience ?

LG : À titre personnel, non, plus vraiment. Chaque concert est particulier mais en fait nous avons tellement l’habitude que ça devient très naturel. Il m’arrive de stresser un peu sur les grosses dates mais ça n’est jamais du trac. J’ai surtout peur qu’un problème technique ne vienne perturber le show. Si cela arrive, on est très vite déstabilisé sur scène et il faut malheureusement un long moment avant de se remettre dans le concert.

Jérôme Meichelbeck : Je n’ai jamais vraiment eu le trac avant de monter sur scène, même pour mon tout premier concert, ce qui peut paraître assez surprenant étant donné que je suis plutôt timide et que j’ai du mal à prendre la parole en public. Sur scène, je suis dans mon élément.

SOM : Comment êtes-vous venus à la musique ?

LG : J’ai grandi avec une maman et une sœur musiciennes. Cela a quelque part facilité mon rapport à la musique. Ma mère jouait de la mandoline dans un orchestre, ma sœur de l’alto. J’ai eu la chance de pouvoir commencer la musique à l’âge de sept ans et c’est vers le piano que mon choix s’est porté. J’en ai fait douze ans en conservatoire, jusqu’à atteindre un certain niveau en jouant majoritairement de la musique classique, de Mozart à Beethoven en passant par Chopin. Les morceaux plus « modernes » que j’ai pu apprendre étaient de Debussy ou Gabriel Fauré. Une formation très classique en somme. C’est à l’âge de douze ans que j’ai commencé à écouter du Metal, avec Metallica, Iron Maiden, Pantera, qui sont devenus mes références et de véritables révélations. Je ne peux même pas estimer raisonnablement combien de fois j’ai écouté le « Black Album » des Mets… J’étais devenu fan dingue, me suis plongé dans leur discographie et ai acheté ma première guitare électrique à quinze ans. Au bout de quelques mois, je savais jouer plus ou moins correctement tous les morceaux de Metallica tellement je passais du temps dessus.

JM : J’ai quelques musiciens dans ma famille, notamment mon oncle qui est bassiste et qui touche aussi un peu à la guitare. C’est lui qui m’a donné ma première guitare et mon premier ampli, et qui m’a donné les premiers éléments pour commencer.

SOM : La vision de vos familles sur votre activité de musicien ?

LG : Globalement ma famille nous a, le groupe et moi, toujours beaucoup soutenu. Quand j’ai monté mon groupe au lycée, je n’avais pas le permis. Mon père me ramenait aux répètes tous les mercredis après-midi. Idem pour les concerts les weekends. Pour Jérôme c’était la même chose ! On a été accueilli par la suite durant deux ou trois ans dans la cave de chez mes parents pour répéter, sans que cela ne pose un problème. Malgré le fait que mes parents n’aient jamais écouté ce genre de musique, ils ont toujours été très ouverts et curieux de ce que je composais (en me conseillant toujours évidemment de faire des morceaux « plus calmes » !). Je pense que ce qui a le plus embêté ma mère durant mes jeunes années, c’était mes cheveux longs ! Désormais je vois ma famille très fière de ce qu’on a accompli, ils s’intéressent toujours à nos activités, studio et live. Ma sœur a même participé à l’un de nos titres en jouant de l’alto sur le titre « The Post Knowledge Day ». C’est quelque chose de particulier que d’entendre ma grande sœur sur notre dernier album !

JM : Ils adorent et sont plutôt fiers.

SOM : Votre meilleur souvenir de musicien ?

LG : C’est clairement impossible de n’en choisir qu’un ! Jouer en première partie de Machine Head ou Testament, c’était vraiment quelque chose d’unique, notamment pour le caractère « mythique » de ces deux formations. Chose qui ne se reproduira peut-être plus jamais. Après, j’ai énormément de fierté et d’émotion de voir autant de nos supporters répondre présent lorsque nous jouons dans nos contrées en Moselle. Quand 200 à 300 personnes se pointent pour un « petit » groupe comme le nôtre, c’est juste incroyable. La date à Freyming-Merlebach pour le Hexagon Thrash Alliance, même si ce n’est pas le meilleur concert qu’on ait donné, était énorme. Au mois de mai dernier, il y a eu plus de 300 entrées dans notre fief. Quand t’arrives devant la salle à 19h, qu’il y a déjà 100 personnes devant dont un quart porte un T-shirt de ton groupe, c’est juste incroyable…

JM : Il y a eu beaucoup de moments marquants, notamment quand on a pu partager la scène avec des groupes de légende comme Machine Head et Testament. Mon meilleur souvenir est sans doute plus récent, une date dans notre région où on a rempli la salle, avec beaucoup de jeunes. Ça fait plaisir de voir des lycéens se déplacer en masse aux concerts pour soutenir la scène locale. Voir un public chanter en chœur ses chansons quand on est sur scène, c’est un peu un rêve de gosse !

SOM : Votre pire souvenir de musicien ?

LG : Je n’ai pas vraiment de « mauvais » souvenir en tant que musicien. Certains concerts sont, en fonction de l’ambiance ou de l’affluence, évidemment plus plaisants que d’autres mais nous nous attachons à toujours donner autant qu’on peut, peu importe les conditions ou le public. Certains moments ont été cependant particuliers, comme la période qui a suivi le départ annoncé d’Antho, notre premier batteur en 2015. J’avoue avoir été pris de court quand il nous a annoncé qu’il quittait le groupe car il partait à l’étranger, j’étais un peu sonné, perdu. Mais, globalement, avoir un groupe n’est pas qu’être musicien. C’est gérer une communication, faire des choix, composer avec un budget, subir beaucoup de frustrations, parfois ressentir de l’injustice et surtout passer énormément de temps pour démarcher les structures en vue de pouvoir jouer en live… Parce que c’est quand même ça la finalité de tout le processus, jouer en live devant un public et partager cette énergie et cette passion. Je me suis toujours occupé du booking pour Deficiency et je me suis clairement épuisé sur la dernière tournée. Même si finalement on va finir ce Consciousness Tour avec une quarantaine de dates sur le papier, ce qui est plutôt honnête, ce ne sont pas toujours des moments faciles à gérer.

JM : Il y en a eu moins. En général, même quand les conditions ne sont pas top, on arrive à se faire plaisir sur scène. Par exemple, la fois où l’on a traversé la France entière pour jouer devant moins de dix personnes. Mais finalement on a passé une super soirée.

SOM : Quelles études avez-vous fait ?

LG : J’ai passé un Bac ES (Economique et Social), puis ai poursuivi des études à la faculté d’Histoire de Metz et Strasbourg. Après mon cursus universitaire, j’ai fait un an de préparation au concours du CAPES pour devenir professeur d’Histoire-Géographie. Je l’ai obtenu dans la foulée pour enseigner dans les lycées agricoles. Cela fait un peu plus de huit ans que j’enseigne aujourd’hui.

JM : Une école d’ingénieur mais je n’ai jamais travaillé dans le métier.

SOM : Si vous deviez faire un autre métier, ce serait lequel ?

LG : S’il s’agit d’un métier en dehors du cadre de la musique, ce serait une activité qui me laisserait assez de temps pour composer, répéter et tourner avec mon groupe ! Mais j’avoue ne m’être jamais réellement posé la question.

JM : Justement, je suis en pleine reconversion dans le développement web.

SOM : Vos goûts en matière de nourriture ? Un plat préféré ? Un vin préféré ?

LG : Je mange de tout et apprécie de nombreuses cuisines. Je peux m’extasier aussi bien devant des knedles de foie ou un fleischschnaka alsacien qu’un bon hamburger-frites, des lasagnes ou un plat asiatique. Je ne bois pas beaucoup de vin, ni d’alcool en général, mais j’apprécie de temps en temps un bon verre de Gewurtztraminer.

JM : Tout ce qui est gras, sucré et salé… Pas vraiment de plat préféré. Ah si, les pâtes au chorizo de Laurent !

SOM : Vos rêves de voyages ? Un endroit dans le monde que vous souhaiteriez voir absolument ?

LG : J’adorerais aller aux Etats-Unis, pour la démesure de ses métropoles, son patrimoine naturel assez unique, l’atmosphère ambiante et parce que c’est la classe tout simplement ! J’ai déjà pu me balader un peu dans quelques coins en Europe qui sont vraiment superbes mais je n’ai jamais quitté le continent. On se réserve ça pour dans quelques années, avec la famille, ou qui sait, avec le groupe si on nous permet de tourner aux States !

JM : J’adorerais pouvoir visiter les États-Unis mais il y a déjà tellement de belles choses à voir à côté de chez moi.

SOM : Votre voiture de rêve ? Vos caisses actuelles ?

LG : Plus jeune, j’étais un mordu d’automobiles. J’aimais particulièrement les vieilles Mustang. Aujourd’hui, je vais au plus pratique et suis surtout l’actualité des familiales ! Je suis l’heureux propriétaire d’un Peugeot 5008 de 2011 acheté d’occasion. Il s’agit de ma voiture du quotidien pour aller au boulot, me balader avec la famille, partir en vacances mais aussi tourner avec Deficiency ! Eh oui, c’est notre « Tour Car » officiel ! Nous n’avons pas encore la possibilité d’investir dans un van et des frais de locations ne seraient pas couverts par nos cachets, du coup on tourne avec le Peugeot. C’est assez incroyable tout ce qu’on réussit à caser dans cette bagnole. Notre Tetris est maintenant bien rôdé mais on hallucine à chaque fois qu’on décharge la caisse sur le lieu du concert… « C’était vraiment là-dedans ? Tout ça ? » (Rires) Il faudrait que l’on songe à faire un dossier d’endorsement chez Peugeot !

JM : Peugeot 406 coupé, pour de vrai ! Je ne sais pas pourquoi, j’ai vu cette voiture il y a vingt ans et elle m’a marquée à vie. Sinon actuellement je roule en Peugeot 205 (pour de vrai aussi).

SOM : Vous pratiquez un sport ? Vous avez un sport préféré ?

LG : Cela fait des années que je me dis qu’il faut que je m’y remette… J’étais pongiste plus jeune (allez voir dans le dico) mais aujourd’hui je manque un peu de temps. Je m’entretiens sur les scènes les week-ends ! Sinon j’adore le football. Supporter du club du FC Metz (forcément en tant que bon Mosellan !). Je suis cela à la télévision quand je le peux.

JM : Je ne suis pas un grand sportif mais j’adore la marche et la randonnée. Malheureusement c’est un loisir qui prend pas mal de temps.

SOM : Votre rêve que vous jugez raisonnable ?

LG : Cela dépend si on parle d’un point de vue personnel ou uniquement musical ! Mais les deux peuvent être liés, tant que je peux continuer à vivre ma passion comme aujourd’hui, en faisant l’équilibriste avec ma vie familiale et professionnelle, je serais heureux ! J’ai la chance d’être soutenu dans mes projets par ma femme qui comprend ma passion et s’investit beaucoup aussi à sa manière. Et mon fils qui va avoir quatre ans adore la musique, en particulier le Metal ! J’estime être chanceux à ce niveau.

JM : Rencontrer James Hetfield.

20170912_162710SOM : Votre rêve que vous jugez inaccessible ?

Grande question… Musicalement on en a déjà réalisé quelques-uns qu’on jugeait inaccessibles à la base. Mais bon, je dirais ouvrir pour nos idoles Metallica ! Cela reste évidemment un doux rêve. Tu me diras, qui sait ? Eh, grâce à toi Pat, les mecs de Metallica ont quand même eu nos albums entre les mains et tu as parlé de Deficiency avec Lars, Rob et Kirk lors de ton Meet And Greet ! C’est un truc de malade, on ne te remerciera jamais assez pour ça ! Evidemment, nous n’attendons rien de concret de cela mais c’est tellement incroyable… Cet épisode nous a vraiment beaucoup touché !

JM : Une tournée en première partie de Metallica ?

SOM : Quelle est la chose qui vous révolte le plus dans ce monde ?

LG : Il y a tellement d’injustices que notamment le capitalisme moderne a contribué à renforcer. Tellement de luttes à mener. Faim, pauvreté, misère, écologie… Nous ne nous rendons pas compte de la chance que nous avons d’être tout simplement bien nés au bon endroit. Mais en dehors de ces grandes entreprises, je crois que ce qui me désole le plus aujourd’hui n’est même pas à aller chercher à l’autre bout du monde, mais juste à côté de nous. Tout le monde déteste tout le monde, se tire dans les pattes, se jalouse, se méfie ou s’ignore dans notre société actuelle. Cela tire vraiment le tout vers le bas, on ne s’améliorera jamais ainsi. On n’hésite plus à dire des absurdités sans réfléchir, à relayer de fausses informations, à rejeter la faute et sa haine sur l’autre au grand jour. Les réseaux sociaux contribuent à entretenir ce climat pourri. C’est vraiment une époque triste.

JM : L’injustice. C’est peut-être pour cela que mon album préféré est …And Justice For All de Metallica !

Pat

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