maiden1983C’était annoncé par la presse et notamment par le seul magazine Hard/Metal de l’époque, Enfer Magazine, comme le combat de l’année. Michael Schenker Group contre Iron Maiden. Francis Zegut, alias tonton zézé sur RTL, au travers de son émission culte Wango Tango en avait fait l’écho les semaines précédentes en faisant gagner des billets pour le concert. Votre serviteur du jour, âgé alors de dix-huit ans à l’époque et vivant à Paris, a été parmi les témoins privilégiés de ce concert. Pour la petite histoire, c’était mon deuxième concert d’Iron Maiden, après celui monstrueux de la tournée de The Number Of The Beast qui s’était tenu l’année d’avant au Pavillon Balard de Nogent sur Marne. Pourquoi ce concert ? Parce qu’il a été de mémoire de fan, et dans la mienne également, un concert à part, un concert unique et ce même après trente-cinq ans, un des plus grands concerts, si ce n’est le plus grand concert que le groupe ai donné dans sa carrière.

Ainsi, MSG et Iron Maiden venaient croiser le fer dans cet Espace Balard à Paris. Pour ceux et celles qui n’ont pas connu cette époque, c’était un très grand chapiteau de trois mille places environ situé sur un terrain vague près du métro Balard, un lieu de concert « metal » très utilisé à cette époque. La salle est pleine, dehors il commence à pleuvoir, cela aura une incidence sur la soirée. MSG investit la scène, la réponse du public est assez faible. Michael Schenker, excellent guitariste, aura délivré son set sans accroc, simplement, le public était venu pour voir autre chose et de combat annoncé il n’y eut point tant Iron Maiden allait tout écraser ce soir-là.

En effet, ce passage par Paris lors du World Piece Tour 83 était attendu par tous et toutes. On sentait que quelque chose se tramait, quelque chose d’inexplicable était palpable dans l’air, comme si tous les éléments étaient alignés pour que ce show soit parfait, et il l’a été au-delà des espérances les plus folles. On entend déjà des « Maiden ! Maiden ! » et des « wow oh oh oh wow » alors que la lumière est encore allumée sous le chapiteau. Je suis dans les gradins, offrant une vision parfaite de la scène et du public. Le noir se fait et la bande son du film Les aigles attaquent, avec entre autres Clint Eastwood (Where Eagles Dare, en anglais) résonne, je sens la tension monter, l’excitation, les hurlements, tout va crescendo. Where Eagles Dare commence, le public bouge en vagues successives dans toute la fosse, les gradins tremblent. Pour les plus jeunes, les slams n’existaient pas ou ne se faisaient pas à l’époque, ça headbangue, ça bouge, la musique et le visuel sur le groupe avant tout. Nous y sommes, l’intensité est là. Bruce Dickinson saute et courre partout. À peine le premier titre bouclé que Sanctuary résonne, le public redouble d’énergie et les gradins vibrent beaucoup. Le titre à peine fini, les « Maiden ! Maiden ! » se font de nouveau entendre. Bruce, dans son français quasi parfait, salue le public avec un « Bonsoir Paris ! » et les musiciens enchaînent Wrathchild. C’est incroyable, l’osmose totale commence vraiment à se faire sentir. Les visages des personnes autour de moi ainsi que ceux de mes potes sont tous illuminés, heureux, nous le sommes tous, témoins vivants de ce qui se passe sous nos yeux.

The Trooper reste dans ma mémoire comme un énorme frisson, ça chante, ça saute, les musiciens bougent partout sur la scène, Bruce, vous le savez, sait faire ce qu’il faut pour déclencher l’hystérie mais il n’en n’a pas besoin ce soir, la machine « public » s’est emballée toute seule. Je peux vous assurer que c’est incroyable de feeling, c’est tout simplement beau. Bruce Dickinson parle avec le public qui ne cesse de répondre de nouveau et toujours par des « Maiden ! Maiden ! » incessants. Bruce ne cesse alors de dire entre chaque titre que c’est « incroyable ». Revelations, le superbe Flight Of Icarus, Die With Your Boots On sont joués et appréciés comme si chaque titre était le dernier du soir. Les vagues ne cessent dans le public, c’est un moment exceptionnel, d’une intensité jamais égalée que l’Espace Balard est en train de vivre. 22 Acacia Avenue démarre, folie furieuse, suivi par l’intro de The Number Of The Beast qui sera reprise en chœur par la foule, l’endroit devient une boucherie. Bruce introduit le morceau suivant, To Tame A Land, instant de bravoure visuel et sonore, la foule observe autant qu’elle ne bouge. À chaque fin de morceau, les « Maiden ! Maiden ! » reprennent, Bruce tente de parler au public puis s’arrête, écartant les bras comme s’il ne pouvait rien faire. Les musiciens se regardent, tous hilares, en remuant la tête de droite à gauche et inversement, se disant probablement que ce n’est pas possible ce qu’ils vivent ce soir. Bruce laisse crier le public qui n’arrête pas, il se marre. Résonnent alors les premières notes de Hallowed Be Thy Name. À mon avis et votre serviteur du jour croit que cet avis est largement partagé de beaucoup, le plus grand titre qu’Iron Maiden n’ait jamais écrit. L’ambiance est indescriptible, les gradins tremblent comme jamais, c’est le Nirvana chers amis, le Nirvana est atteint…

Iron Maiden suit la même intensité, la même rage donnée par le groupe et restituée par le public. Bruce tente d’obtenir un peu de silence à la fin du titre, puis s’adressant en anglais au public parisien, déclare : « ce soir pour Iron Maiden, c’est le plus grand concert que le groupe n’ait jamais fait dans le monde ». Bruce a dit cela en pesant ses mots, le ton était sérieux, réfléchi et ô combien sincère. Steve Harris acquiesce, les musiciens nous applaudissent, le public reprend de plus belle ses « Maiden ! Maiden ! ». Bruce reparle au public en signalant « il pleut ! », oui, la pluie diluvienne commence à passer par les toiles du chapiteau, les « wow oh oh oh wow » reprennent de plus belle, le groupe remercie lui aussi la foule de façon interminable et toujours sous les mêmes acclamations, vous savez maintenant lesquelles ! Bruce présente les musiciens du groupe et demande si le public veut « une autre chanson ? ». Run To The Hills, presque intégralement chantée conjointement par le public et probablement un refrain que la moitié de la capitale a dû entendre tant il a été hurlé, poussé par le moindre des spectateurs. Drifter, choix magique et le terrible Prowler viennent terminer le show où de nouveau et sans interruption, les « Maiden ! Maiden ! » pleuvent depuis le public.

Bruce n’en reste pas là et s’adressant au public, dit qu’il a une petite surprise pour nous ce soir. En effet, nous voyons arriver et présentés par Bruce les musiciens de notre Trust national, accolades avec le groupe et Bruce de nous demander si nous « connaissons les hommes ici ? », juste avant d’attaquer une reprise de Tush de ZZ Top. Ultime moment de démence et de communion poussée à l’extrême, Bernie ne chantera que peu mais peu importe, les yeux étaient braqués sur ces diables d’anglais ce soir. Fin du show, il est déjà très tard mais Iron Maiden restera encore de longues minutes sur scène à remercier un public de fans qui n’arrêtera de chanter que quand les lumières seront revenues. L’anecdote voudra que quelques mois plus tard après la tournée mondiale, un journaliste du célébrissime magazine anglais Kerrang ! demande à Bruce quel avait été le meilleur concert du groupe à ce jour, le journaliste s’attendant à une réponse sur les concerts londoniens, Bruce lui avait répondu que c’était le concert donné à Paris ce jour qui avait été le show le plus phénoménal à vivre en tant que musiciens. À la lecture de l’article, les fans anglais avaient protesté car déboutés de leur leadership qu’ils pensaient leur, par nous, outrecuidants frenchies !

Je suis reparti à pieds sous la pluie, il n’y avait plus de métro car il était trop tard. J’ai marché quelques heures pour rentrer chez moi, trempé mais immensément heureux et me sentant touché comme par une sorte de grâce. La tête est restée au concert pendant plusieurs jours. J’ai revu le groupe de nombreuses fois, les shows ont toujours été excellents, bien sûr, mais ce soir-là de 1983, c’était d’une autre dimension, le genre de soir qui n’arrive que trop peu dans une vie. Y repenser me génère toujours des frissons. C’était il y trente-cinq ans et c’est aujourd’hui.

Pat

Setlist :

  1. Intro

  2. Where eagles dare

  3. Sanctuary

  4. Wrathchild

  5. The trooper

  6. Revelations

  7. Flight of Icarus

  8. Die with your boots on

  9. 22 Acacia Avenue

  10. The number of the beast

  11. To tame a land

  12. Hallowed be thy name

  13. Iron maiden

  14. Run to the hills

  15. Drifter

  16. Prowler

  17. Tush