Rock Your Brain front cover

Dimanche 21 octobre dans l’Est de la France, le soleil est de sortie et moi de même puisque je me rends à Sélestat, petite ville Bas-Rhinoise à une trentaine de minutes de Strasbourg, pour la sixième édition du Rock Your Brain Festival. Une initiative de Zone 51, une association qui organise des concerts et festivals depuis vingt ans dans des registres différents (du Reggae à l’électro en passant par le Punk et le Metal) et dont le travail est largement reconnu dans la région. Comme lors des éditions précédentes, le festival se déroulait sur trois jours : pour résumer, le vendredi était consacré au Metal, le samedi au Punk et le dimanche au Rock. Pas de querelle d’étiquettes aujourd’hui, je vais plutôt me consacrer sur la programmation du jour : Dick Rivers, Little Bob Blues Bastards, Popa Chubby, Trust et Phil Campbell & the Bastards Sons. Une affiche qui a le mérite d’être éclectique mais qui m’interroge. Sans remettre en cause la qualité des groupes présents, bien au contraire, ceux-ci ne représentent-ils pas plus le passé que l’avenir ? Et il ne s’agit pas ici de quelques-unes des formations présentes mais de toutes. Cette question amène malheureusement plus d’autres questions (pourquoi le public est-il aussi demandeur de « vieilles gloires » ? Existe-t’il une relève à la hauteur ? ) que de réponses et ne s’adresse pas à Zone 51 mais à tous les organisateurs et spectateurs. Ce n’est pas le sujet du jour mais je ne pouvais passer sous silence cette inquiétude.

Revenons-en au dimanche 21 octobre à Sélestat. J’arrive vers 16h55 et cela fait déjà dix minutes que sur scène une vieille gloire du Rock à la française fait le show. Du haut de ses 73 ans, Dick Rivers est là, accompagné du quatuor Canadien Gretsch Man Band, souriant, racontant des anecdotes sur sa longue carrière, proposant quelques chansons à lui et beaucoup de reprises de standards du Rock’n’roll. Le style crooner adopté depuis longtemps par Dick Rivers pourrait le faire basculer dans la catégorie Variété française mais les musiciens l’entourant ainsi que le choix des chansons restent assurément ancrés dans le Rock, le Blues et la Country. Eddie Cochran, Elvis Presley et même Creedence Clearwater Revival y passent. Le set de 1h15 se clôture sur le Take Me Home de John Denver. Le son était assez moyen à cause du chant trop noyé dans le reste du mixage. Dick Rivers manque souvent de coffre et possède un accent anglais qui prête à sourire lorsqu’on se dit qu’il interprète ses chansons depuis des décennies. Mais en regardant autour de moi, je vois la plupart des gens avec le sourire, tout comme ce vieux monsieur charmant jouant devant un public qui n’est majoritairement pas le sien et qui joue le jeu avec respect et curiosité. Je sors fumer une cigarette et je pourrais désormais dire que j’ai vu Dick Rivers en concert et qu’en plus c’était sympa !

Place maintenant à un autre représentant de la scène rock Française : Little Bob, 73 ans comme Dick Rivers, une carrière bien remplie et la particularité d’être aussi, voir plus connu en Angleterre qu’en France. Le rocker officie depuis 2012 sous le nom Little Bob Blues Bastards et en est désormais à trois albums. Entre le Rock et le Rythm&Blues, la musique de Litte Bob est directe, bien orchestrée et efficace. L’harmonica de Mickey Blow apporte beaucoup dans le mix ainsi qu’une présence appréciable sur scène. Little Bob tente de faire participer le public notamment sur Howlin’ mais il est encore tôt et les gens sont dans l’écoute et la musique lente et assez linéaire du quintet s’y prête bien. L’heure de set passe plutôt vite et si je m’attendais à quelque-chose de plus pêchu, plus punk, de par le passé du groupe (participation du festival Punk de Mont-de-Marsan à la fin des années 70) j’ai apprécié ce concert. Il m’a donné envie de l’écouter sur album et de me pencher sur un des groupes marquants du Rock Français.

On sent les guitaristes présents dans la salle prêts soit à prendre une leçon, soit à critiquer tels de véritables guitaristes celui qui s’apprête à monter sur scène : Monsieur Theodore Joseph Horowitz, plus connu sous le pseudonyme de Popa Chubby, guitariste officiant dans le Blues Rock, accompagné de trois musiciens américains comme lui : Tom Curiano à la batterie, Paul Loranger à la basse et Dave Keyes au clavier. La première chose qui m’a frappé est l’aspect chef d’orchestre de Popa Chubby. Le syndrome du guitar-hero et du groupe tournant autour de son leader qui lui donne son nom. Cela ne gâche rien à la musique mais cela donne un aspect visuel presque amusant : côté jardin, l’imposant Popa Chubby menant d’une main de fer son orchestre situé en cour. Revenons à la musique. Le set démarre sur le Sympathy For The Devil des Rolling Stones interprété dans une version qui préfigure de ce que va être le set, avec des solos à rallonge, le clavier répondant à la guitare et vice-versa. Et il y a du niveau chez ses musiciens, très clairement. Popa Chubby excelle dans le groove, dans le phrasé blues rock avec une certaine vitesse d’exécution et LA note qu’il faut et qui tombe quand il le faut. Le jeu est parfois un peu brouillon, on est plus proche de Jimmy Page que d’Angus Young, mais ce n’est pas un problème et cela fait partie d’un jeu de guitare chaud et vivant. J’ai été bluffé par Dave Keyes et son nom prédestiné à la pratique du clavier qu’il maîtrise à merveille. La formation déroule son set, une reprise de Hey Joe par ici, des compositions dont je ne connais pas le nom par-là, on flirte avec la bossa nova et des sonorités plus latino par moment et le musicien que je suis apprécie la technique mise au service de la musicalité. Moins d’une heure de set, très court par rapport à ce qu’a l’habitude de faire Popa Chubby et c’est déjà terminé.

Je parlais à propos de Little Bob de représentant de la scène française et le groupe qui arrive en est un des plus illustre : Trust, LE groupe de Hard Rock français, l’un des seuls chantant dans la langue de Molière me plaisant et le seul groupe de ce style a avoir eu un succès d’envergure. L’élite, Police milice, Le mitard ou encore l’incontournable Antisociall sont des titres qui ont un sens pour moi, par la qualité de la musique et leurs paroles. J’étais donc curieux de voir Trust en concert pour la première fois, tout en ayant eu des échos mitigés de leurs performances récentes et n’ayant pas accroché aux dernières productions du groupe. Le concert démarre par Ni Dieu ni Maître de leur dernier opus. Le son est bon, le set est bien rôdé, Norbert Krieff et Bernie Bonvoisin, respectivement guitariste et chanteur du groupe, se mettent logiquement en avant mais le second guitariste et la section rythmique font le show. Trois choristes feront leur apparition sur plusieurs titres pour un résultat à l’apport discutable, tant sur le plan scénique que musical. Très rapidement, je suis obligé de constater que ça ne prend pas. En partie à cause de Bernie Bonvoisin. Outre l’aspect visuel (jogging, lunettes de soleil, bob…), l’attitude d’un chanteur ne regardant pas son public la moitié du temps en tentant de tenir un discours engagé ne passe pas. Mais surtout, les chansons sont moins bonnes, pas particulièrement bien écrites et clairement en-dessous de ce qu’a pu faire le groupe. Des vieux titres, nous n’entendrons qu’Antisocial, le meilleur moment du set (Ah ! Ce solo de guitare !). En discutant dans les allées, pendant et après le concert, je remarque que je ne suis pas le seul déçu, chacun y allant de son explication qu’on ne saurait résumer à « c’était mieux avant ». Même si incontestablement, ça l’était.

Passée cette déception dont je vous passe plus d’explications et préférant vous parler de ce que j’ai apprécié, nous arrivons au dernier groupe la soirée, Phil Campbell & The Bastards Sons. Motörhead représente plus que mon groupe préféré, c’est la bande son de mes quinze dernières années. La disparition de Lemmy en 2015 a logiquement signé la fin du groupe et pendant que Mikkey Dee s’en allait marteler les fûts chez Scorpions sans que je ne fasse de commentaire supplémentaire à ce sujet, Phil Campbell continuait le projet débuté avec ses trois fils (à la guitare, la basse et la batterie) et Neil Starr au chant, le renommant Phil Campbell & The Bastards Sons. Mélangeant reprises, principalement de Motörhead, et compositions originales, le groupe a un peu moins de trois ans sorti deux disques et tourné à travers l’Europe. Je les avais déjà vu l’an passé, sans avoir été particulièrement convaincu et je ne m’attendais pas à grand chose, si ce n’est le plaisir de voir Phil Campbell sur scène avec une guitare à la maison. Si le son est excellent et les musiciens souriants, je suis surpris de constater que la salle s’est considérablement vidée : nous devons être deux cents devant la scène. Le groupe débute avec ses propres chansons. Les compositions du groupe sont bonnes, on ressent la touche Phil Campbell dans les riffs et les structures, sans que cela ne soit un copier-coller de Motörhead, notamment à cause du son de basse, plus traditionnel que celui de Lemmy, et du style de chant. Et c’est là que je ne suis pas convaincu, en particulier lorsque le groupe reprend l’illustre formation de Phil Campbell. Même si entendre Born To Raise Hell, Ace Of Spades, Rock Out ou encore Bomber fait plaisir, l’impact habituel de ces chansons est amoindri à cause d’un chant très mélodique, très clair, bref : absolument pas à la Lemmy. Ce qui n’enlève rien à l’énergie déployée par le groupe et notamment son frontman, faisant appel à un public réceptif et livrant un set de bonne qualité. Les hommages appuyés à Lemmy sont de la partie, avec même une sympathique reprise de Silver Machine d’Hawkwind.

La soirée se termine et j’ai cette même impression qui revient : j’ai apprécié voir et revoir des groupes et musiciens qui ont fait l’histoire de cette musique que j’aime tant mais j’espère qu’une place plus importante sera accordée par le public et les organisateurs à la relève.

DB