Asylum Pyre 1

À l’occasion de la sortie de n°4, le nouvel album d’Asylum Pyre, Khaos a pu s’entretenir avec Ombeline Dupray (Oxy Hart), la nouvelle chanteuse du groupe.

Sons Of Metal : Bonjour Ombeline. Je suis enchanté de t’interviewer car je suis tes travaux artistiques depuis longtemps et même tes interventions plus personnelles sur ta page Facebook (même si elles sont moins nombreuses qu’avant), toujours pertinentes et réfléchies.

Ombeline : Merci, c’est gentil. Mais c’est vrai que j’ai un peu déserté les réseaux sociaux. Maintenant je trouve que le climat en terme de conversation devient de plus en plus tendu et les gens sont moins enclins à accepter un point de vue différent. Les gens ne veulent pas être dans un échange mais que tu intègre ce qu’eux pensent. Un genre de dictature de la pensée. Du coup je me suis un peu calmée.

Oui c’est vrai. Donc tu as rejoint Asylum Pyre en 2017 après le départ de Chaos Heidi. Comment s’est fait le contact et ton entrée dans le groupe ?

C’est par l’intermédiaire de Steve qui est un guitariste de la scène Metal parisienne. C’est un excellent guitariste, il a bossé aussi dans Asylum. Lorsque Johan (Johan Cadot, fondateur d’Asylum Pyre) cherchait une nouvelle chanteuse, il lui a dit : « demande à Ombeline ». J’ai passé une audition et ça s’est fait comme ça.

D’accord, et qu’est-ce qui t’a donné envie d’entrer dans le groupe ?

Et bien je suivais déjà le groupe. J’appréciais ce qu’ils faisaient et je les avaient vus plusieurs fois en concert. Le projet me plaisait bien au niveau des thématiques abordées. C’est des engagements qui me parlaient, un peu écologiques. Les maux, la psyché humaine qui est pas mal analysée dans les paroles. Johan m’a aussi laissé complètement carte blanche. Certes, il a une façon de faire et il s’était habitué à la façon de chanter de Chaos Heidi mais je lui ai dit que je n’avais pas envie de me cantonner à un seul type de chant. Je trouve que ça ne sert pas toujours le propos. Or, je pense que chaque parole, chaque ligne de chant, chaque phrasé musical doit être défendu d’une manière différente l’une de l’autre. Et là-dessus, nous étions complètement en raccord. Il sait que je suis une grande admiratrice de Lisa Gerrard (Dead Can Dance), que j’aime un petit peu tout ce qui est polyphonie, chansons du monde tu vois. Par exemple, il y a un passage sur Into The Wild où je fais plein de voix, ce que j’appelle un peu les voix bulgares. Je fais un mélange de voix presque gutturales, assez graves. Et il m’a dit pourquoi pas. Du coup j’ai pu explorer toute une palette vocale.

Le groupe sort son quatrième album nommé justement N°4. Il y a un lien entre les différents albums d’Asylum Pyre, une histoire qui se suit. Tu peux en dire plus là-dessus, le thème, l’univers du groupe ?

Oui. N°4 s’intègre complètement dans le concept que Johan développe depuis les trois premiers albums. Le premier Natural Instinct parlait plus de nature, le deuxième 50 Years Later se positionne 50 ans plus tard. Du coup avec un premier constat sur les dérives humaines en matière d’écologie. Spirited Away (troisième album), un petit peu l’image de cette figure féminine qui se réveille mais on sait pas trop comment elle va se réveiller. Là avec N°4 on est en 2052, dans un monde pré-apocalyptique. Pas dans le sens où tout va exploser mais on est au bord du précipice parce que beaucoup de dérives ont été commises et donc maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? On devient des résistants de plusieurs luttes, que ce soient des luttes humaines ou écologiques où il faut absolument faire changer les choses. On reste dans les thématiques vraiment très actuelles. Du coup N°4 est un clin d’œil au N°5 de Chanel. Au niveau de la pochette, j’incarne une égérie dans un monde où le masque à gaz est devenu un objet de luxe lui-même customisé. On a remis le logo, il faut quand même rester tendance un minimum. Il y a une double lecture, on a emprunté les codes du luxe, avec une pochette qui ressemble un peu à une pub pour du parfum. La typographie utilisée, l’emplacement du N°5, on s’est rapproché le plus possible de la typo de Chanel. La figure féminine avec le diadème, reine de beauté un peu glamour, des nuances un peu grises, blanches. Mais en même temps cette figure féminine est l’incarnation des dérives actuelles.

Genre : Metal mélodique - Sortie : 26/04/2019

Genre : Metal mélodique – Sortie : 26/04/2019

As-tu participé à la composition des textes ?

Alors figure-toi que lorsque je suis arrivée dans le groupe, Johan avait déjà écrit l’album et les paroles aussi. Par contre, tout ce qui était lignes de chant, même s’il avait déjà posé les bases, on les a retravaillées en fonction de ce que je lui ai proposé. Mais maintenant c’est vrai que comme le line-up est stabilisé, pour le prochain album on pourra composer tous ensemble. Johan reste toujours le leader du projet.

Oui c’est lui qui l’a fondé, c’est normal, c’est son bébé. Sinon, comment s’est passé l’enregistrement et le mixage ? J’apprécie la production car aucun instrument n’a été oublié. Même pas la basse, la batterie aussi cogne juste et fort, c’est pas une batterie électronique.

Merci de ton retour, ça fait plaisir. Nous avons pris acte des reproches qui avaient été fait sur le dernier album. Outre les nouvelles idées artistiques, on voulait aussi marquer un grand coup, que nos influences un peu eighties, speed, power, soient transcendées par un son moderne. Une production qui sonne plus scandinave ou germanique. On cherchait un studio pour enregistrer ne serai-ce que la batterie, on voulait avoir un vrai son pour aussi montrer le travail de Thomas Caligari. C’est un batteur professionnel qui vient de divers horizons et brasse pas mal de genres différents. C’eut été dommage de se passer de cette richesse-là. Du coup on a commencé à regarder des studios. Tous disaient que ça ne sert à rien d’enregistrer la batterie. Nous n’étions pas d’accord, non. Notre choix s’est porté sur Angelo Buccolieri qui était l’ingé son d’Iron Mask sur la tournée avec Rhapsody. Asylum avait fait cette tournée en 2016 et Angelo a vraiment transcendé son rôle d’ingé son. La plupart des gens se contentent juste d’être techniciens, ils sont payés pour faire un boulot. Lui, il connaissait hyper bien les chansons, à tel point qu’il savait exactement qui chantait quoi, quelle guitare. Il a apporté sa patte aussi en nous conseillant certaines choses, notamment au niveau du mix et des fréquences. Un vrai travail de création, artistique et technique. On a enregistré la batterie et le chant en Italie.

Qu’est-ce que vous avez voulu faire de plus sur N°4 par rapport aux albums précédents ? Je me souviens de Spirited Away où certes la production n’était pas aussi avancée. Par contre il y avait un côté beaucoup plus direct. À la première écoute, l’album passe bien alors que pour N°4, j’ai l’impression qu’il va falloir plusieurs écoutes pour l’assimiler. C’est plus subtil. Il y a des ambiances différentes.

C’est vrai, on nous l’a aussi déjà fait remarquer. Il y a un coté même au niveau du mastering, on a bossé avec Mikka Jussila (Opeth, Nightwish). Il nous avait conseillé de ne pas faire un mastering comme tu peux en retrouver sur beaucoup d’albums. Le nôtre est un poil en dessous mais adapté pour différents types de plateformes. Il a prit en compte les différents supports de diffusion pour que le son puisse décoller. Au niveau du chant aussi, je n’ai pas le même phrasé que Chaos Heidi, c’est quelque chose de moins rentre-dedans.

Un des atouts d’Asylum Pyre me semble être l’assemblage des voix. Il y a eu le titre d’appel qui est sorti en clip : Sex, Drugs and Scars qui a d’ailleurs subi une petite censure de Facebook.

(rires) Ah oui ! On a pas pu en faire la promotion parce qu’il y avait Sex dedans.

En revanche, ce titre est méga direct, surtout quand on l’écoute seul. Il y a Yannis Papadopoulos (Beast In Black) qui intervient en guest. Et effectivement c’est un peu dans le style de Battle Beast et Beast In Black, ça passe tout seul, c’est direct. Il te happe.

Oui c’est ça, il en fallait un comme on dit un peu « putaclic ». Après, je ne le prends pas du tout mal quand on dit que c’est un titre racoleur ou autre parce que c’est assumé. On voulait un titre direct qui soit catchy, même à la limite de la Pop. C’était une volonté artistique aussi de proposer ce genre de morceau. C’est pour dire qu’on revient, ça fait un moment que les gens nous avaient pas vus, ça passe ou ça casse, c’est pas grave.

Sinon, est-ce que tu peux me citer tes deux titres remarquables de l’album et nous dire pourquoi tu les aimes et quel est le sens du texte ?

Je citerais (D)ea(r)th avec les parenthèses : Death, earth. J’adore chanter ce refrain, il est ultra puissant. C’est un titre qu’on voulait un peu plus agressif, on avait décidé de mettre de la double. Avec le chant de Raph (Pener, chanteur de T.A.N.K) ça prend plus son sens d’avoir ce morceau très agressif. Sur le livret c’est vraiment : les dieux sont en colère. C’est un morceau de rage qui devrait plaire à pas mal de personnes. Ensuite, j’ai une préférence pour Into The Wild. C’est le morceau le plus discret mais qui par les paroles nous touche plus personnellement. Le truc où vraiment : tout quitter quoi ! Pour revenir à des choses vraies.

Et bien tu vois c’est celui-là que j’avais noté parce que j’aime bien les mid-tempo et il y a quelque chose de progressif dans ce titre et le jeu des voix.

Parfait, ça me fait plaisir parce que personne ne le notifie du fait qu’il soit un peu plus discret.

Asylum Pyre au grand complet

Asylum Pyre au grand complet

D’accord. Sinon on va sortir un peu d’Aslylum Pyre et parler de ton deuxième projet actuel, parce que j’avais chroniqué les deux premiers albums aussi, c’est The Expériment N°Q. Là aussi, il y a un album en préparation. Tu peux nous en parler un peu ?

Oui, on a enregistré un nouvel album en septembre. On part sur la même base steampunk. C’est toujours mené par Paolo Vallerga, je reste toujours guest. Le principe de The Experiment c’est justement que plusieurs familles de musiciens se rencontrent. Comme ça, si un membre n’est pas forcément disponible pour un concert, on fait appel à un autre. Après, mon personnage est récurrent dans l’histoire. La semaine dernière, nous avons joué à Turin certains nouveaux titres. On est sur des compositions un peu Hard Rock avec pas mal de gens de Therion. Il y a aussi Isa (Garcia Navas), leur ancienne chanteuse qui a habituellement un chant lyrique et qui là, dans l’album, fait un chant très éraillé. On a pas l’habitude de l’entendre comme ça. C’est une grande famille européenne et c’est toujours un plaisir de nous retrouver, venant de pays différents, pour partager un projet commun.

Et toi, entre les deux univers de The Experiment et celui d’Asylum, tu y vois un petit lien ?

Oui, on peut faire un lien entre les deux univers mais la différence majeure est la façon de travailler. Asylum Pyre, on a passé énormément de temps à travailler chaque ligne de chant, c’était un travail colossal. The Experiment, par contre, j’ai reçu les morceaux trois jours avant de les enregistrer, tu vois (rires). Je pensais qu’il fallait faire des tests mais c’est une technique italienne. Et là pour le coup tu as une vraie différence culturelle dans l’approche. Mais bon, Français et Italiens, nous sommes cousins. C’est plus pour les suédois que c’est difficile (rires).

Où en est ton projet personnel Seadem ?

J’aimerais être dans un espace temps mais là, j’ai deux jobs qui me prennent douze heures par jour. Donc je suis plus dans une dynamique professionnelle pour l’instant. Je pense que je vais encore faire ça pendant un an à ce rythme. J’ai d’autres projets avec mes professions mais tournés vers l’audiovisuel et pas sans rapport avec la musique. Je commence à avoir un très bon réseau de producteurs. Je dois demander des financements mais j’aimerais bien que ce soit aussi une façon de me rémunérer en mêlant le côté découvertes culturelles et la musique.

Je voulais aussi te poser une question par rapport aux droits d’auteurs. Lorsque tu postais encore beaucoup d’avis persos sur les réseaux sociaux, tu avais un avis très tranché et bien réfléchi sur la question. Une directive européenne veut obliger les plates-formes comme youtube à rétribuer les artistes. Mais certains youtubeurs craignent que ça se répercute sur eux et leur production, leur liberté.

En fait c’est une question compliquée. D’un côté, nous sommes face à des mastodontes du secteur qui ne veulent pas jouer avec les règles de jeu du pays. En soi, c’est déjà un véritable problème. Youtube a certes permis l’émergence de nouveaux talents, des gens qui ont des choses à dire. Ce sont des gens qu’il faut pouvoir rémunérer mais, là aussi, on est sur des modèles de diffusion où les règles ne peuvent pas être les mêmes que dans l’audiovisuel ou le cinéma, car nous sommes sur d’anciens modèles de diffusion qui ne correspondent pas au nouveau qui voit l’émergence des plateformes type YouTube, LittlStar, ou encore de diffuseurs comme Facebook, Instagram, Snapchat. Le modèle du numérique est encore à construire en prenant en considération l’ensemble de la chaîne de valeurs, notamment les créateurs et les producteurs qui se retrouvent bien souvent lésés tant les règles du jeu sont obsolètes. Comme dans n’importe quel secteur des industries créatives et culturelles, il est fondamental de ne pas oublier le rôle capital du créateur. Sans lui, pas de « produit » à vendre, à diffuser. Et par rapport à la nouvelle loi européenne, si on peut noter et encourager cette avancée qui doit responsabiliser les GAFA et plateformes, reste à voir quels seront les accords passés avec les créateurs et pour qui ? La question est la suivante : va-t-il y avoir une protection de l’ensemble des contenus ou seulement pour ceux qui ont déjà X abonnés sur leurs chaînes, ceux qui finalement génèrent déjà des revenus ? Enfin, cette question des droits d’auteurs posée dès 2001 n’est-elle pas déjà condamnée avec l’arrivée de l’intelligence artificielle comme générateur de contenu ?

Voila un point de vue réfléchi qui fera cogiter nos lecteurs. Un dernier mot pour eux ?

J’ai envie de dire : redevenez curieux. On ne se déplace plus facilement dans les petits concerts. Il faut s’accorder du temps de découverte, où on va chercher l’expérience. Prenez du temps pour vous et pas pour le montrer aux autres.

Interview réalisée par Khaos.

Lien :

Clip vidéo de One Day : https://www.youtube.com/watch?v=0VIb4ZYtA68