Metalfest Reischtett

Une belle soirée d’été, c’est ce que nous promettait ce samedi ensoleillé de juin. Le fort Moltke de Reischtett au nord de Strasbourg accueillait pour la troisième fois son Metalfest local, organisé par le groupe Azhyria et d’autres formations basées en Alsace ou dans le département voisin de Moselle. Le Fort Moltke, c’est un bastion qui fait partie de la ceinture fortifiée de Strasbourg. Erigé par les forces allemandes pendant l’occupation du territoire après la défaite de 1870, beaucoup de fortifications sont encore en très bon état et restaurées pour différents événements. Si le fort Kléber à Wolfisheim accueille le Wolfi Jazz tous les ans, celui de Reischtett n’est pas en reste grâce à une équipe de bénévoles dynamiques. Les membres d’Histoire et patrimoine, D’rischtetter Scholletrapper étaient très présents et cordiaux. Cela rompt certains préjugés sur le Metal et les clichés véhiculés par les rares émissions de télé qui évoquent le thème. Alors que ces braves personnes, qui pour certains ont dû s’asseoir sur les bancs des églises le lendemain de Pentecôte auraient pu faire preuve de réserve, les voilà aux service des bandes de chevelus.

Le cadre est tout simplement magnifique et parfaitement adapté. Sonorisation parfaite grâce à l’écho des remparts du fort, éloignement relatif de la ville et donc pas de gêne de voisinage, grands espaces. Des toilettes sont intégrées dans le fort, ce qui évite les cabines chimiques si rapidement en état lamentable pendant les fests Metal. Au stand bouffe, des bénévoles aux petits oignons. Ça reste simple : merguez ou knacks, une tranche de pain, des frites. Désolé les végans, rien pour vous. Et puis la bière bien sûr, indispensable.

La soirée démarre avec Steelworker, un combo de Phalsbourg qui propose des reprises de Metallica. Quoi de mieux pour rassembler des métalleux encore dispersés ? Un petit Enter Sandman pour appeler tout le monde et c’est parti pour le voyage dans le temps. Les années fastes du groupe de Thrash californien sont passées en revue avec brio. Mention particulière au guitariste qui tient les lignes de Kirk Hammet. Le gars a travaillé son manche avec dextérité et précision pendant tout le set. Nicolas Ory, le chanteur, mérite aussi quelques éloges pour sa prestance vocale. James n’était pas loin dans ses cordes, une belle puissance. Je regrette juste le manque de mouvement sur scène, bien dommage ce côté statique alors que la musique prête à l’explosion. Le public était ravi, un ancien avec sa veste à patch disait qu’il avait régressé à l’âge de 15ans. Bien résumé.

Les locaux de l’étape montent sur scène avec une toute autre ambiance. En effet, Azhyria diffuse une musique au tempo lent, où le contraste se tient entre les mélodies aériennes du violon et les riffs saturés, ainsi que le growl du chanteur/guitariste et leader Gregory Roos. Défi énorme à relever juste après un cover de Metallica. Le gros avantage du groupe et ce que je mettrais en avant, c’est son identité musicale propre. Aucun autre ne joue pareil, qu’on aime ou pas le style. Il faut dire que les lignes mélodiques sont très bien construites, une ambiance qui invite au transport, à la méditation, à l’intériorité. L’instant le plus émouvant était certainement la montée sur scène d’une violoncelliste en plus de Barbara, la violoniste habituelle. Un morceau instrumental de toute beauté, dommage que les amplis ne puissent pas rendre avec autant de qualité le son des instruments « classiques » que celui des guitares. Un violoncelle non sonorisé et un violon amplifié par un simple mico-voix, le rendu n’était forcément pas optimal. Une musique qui devrait toutefois se magnifier sur albums, associée à une bonne production. Un autre point qui pourrait contribuer à faire monter le combo en qualité est l’aspect visuel. Fumigènes, costumes scéniques, lights, ambiance : voilà qui pourrait contribuer à faire franchir quelques paliers à Azhyria qui a quelques années de présence maintenant (depuis 2004). En tous les cas, un grand merci à Greg pour l’idée de ce fest.

Comme dirait Maître Yoda : curieux je suis. Curieux de voir Dead Man Square dont j’avais vu défiler le nom à de nombreuses reprises sur les scènes locales, sans avoir bougé mon cul pour les voir avant cela. Ils revendiquent un Death mélodique, ce qui est souvent une définition large. Le plus grand changement avec les formations d’avant, c’est la présence sur scène. Là, ça bouge dans tous les sens, ça saute et donne envie de bondir avec eux. Musicalement, c’est une belle claque aussi. Le son des guitares arrache bien comme il faut avec des riffs acérés et deux instruments au rendu parfaitement choisi. Ils jouent aussi des partitions différentes, toujours un avantage intéressant. En l’absence de leur bassiste attitré, c’est Tomi du groupe Obsoleth, un autre combo local, qui a assuré les quatre cordes. S’ils ne l’avaient pas signalé, personne ne l’aurait remarqué tant il s’est fondu là-dedans comme un morceau de sucre estampillé Erstein dans une tasse de café. Alors que la troupe sortira bientôt un clip tourné dans ce même lieu, ils ont pris la scène avec fracas. Au niveau du style, oui nous pouvons les classer dans le Death mélodique mais ce qui marque sont les différentes palettes vocales du chanteur Damien. Parfois avec une prestance très Thrash proche de James Hetfield, il squeeze vers le growl avec facilité. Voilà un groupe qui, à mon avis, va monter en puissance. Avec des bonnes rencontres de bonnes personnes, ils pourraient avoir plus de suiveurs que les 720 actuels de leur page Facebook. Ils ont parfaitement rempli leur rôle d’ouverture pour les stars du jour : Deficiency.

Il fait bien nuit maintenant et certains sont déjà fatigués, rentrés avant la fin. Dommage car Deficiency est vraiment LE groupe de Thrash français du moment. Mon collègue chroniqueur Pat l’avait bien dit, lui qui traverse la France pour les voir. Et ils sont de notre région, ce qui est un honneur. Juste avant de rejoindre les Suédois d’Amon Amarth pour leurs dates françaises, les voilà devant une cinquantaine de personnes, certes, mais dans un cadre magnifique. On observe de suite le côté plus pro et le groupe qui a déjà plus de moyens financiers : backdrops, décorations de scène et surtout la prestation scénique. Le chanteur essaiera de lancer des circles pits et autres walls of death, certains obtempéreront mais votre serviteur du jour ayant tronçonné un arbre dans l’après-midi, il a préféré garder ses jambes intactes pour son retour après le festival. En tous les cas, on sent le côté très travaillé, précis avec la volonté de franchir des paliers et de pousser sa notoriété hors des frontières. N’étant ni un spécialiste du style que revendique le combo, ni un fin connaisseur de leur discographie, je ne peux que donner une impression assez distante. Déjà, ils m’ont réconcilié avec le Thrash, par rapport à d’autres qui me soulent vite à cause d’un aspect trop répétitif, eux varient un max. Ça ralentit, puis ré-accélère, les guitares jouent en clair puis en saturé, la batterie alterne les rythmiques, la basse claque. Et puis Laurent, une voix, que dis-je, quelle voix ! On en aurait redemandé jusqu’au bout de la nuit mais il fallait bien arrêter à un moment. Deficiency nous ont mis la claque définitive de la soirée, bonne nuit.

Après ça, il ne reste plus qu’à rentrer avec les oreilles qui sifflent pour certains. Une belle soirée qui mérite d’être réitérée. On ne peut que regretter la trop petite assistance mais comme il y avait au moins dix autres groupes qui jouaient ailleurs le même soir, la scène locale n’est pas plus extensible. La météo favorable, le bon accueil de la ville de Reischtett et la mobilisation des bénévoles du fort Moltke ont permis la réussite de cette soirée. Merci à eux et merci aux groupes d’avoir assuré.

Khaos

Liens :

Page Facebook Steelworker : https://www.facebook.com/steelworker.metal/

Page Facebook Azhyria : https://www.facebook.com/Azhyria-119983524681267/

Page Facebook Dead Man Square : https://www.facebook.com/deadmansquare/

Page Facebbok Deficiency : https://www.facebook.com/deficiencymetal/