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Iron Bastards, quels métalleux et rockers de la région Grand-Est ne les connaissent pas ? Et leur réputation dépasse largement cette limite territoriale administrative. En ce qui concerne notre webzine, nous avions chroniqué toutes leurs productions depuis leurs débuts, même les premières démos. Nous avons rendu compte de leurs prestations live et effectué deux interviews. La réputation du trio ne cesse de grandir, profitant du souffle produit par des compos de plus en plus variées mais toujours aussi hargneuses. C’est pourquoi nous ne pouvions imaginer une meilleure échappée à la belle histoire de Sons Of Metal. Ce Bastards Fest troisième édition se déroulait à nouveau dans la bourgade de Haguenau. Environ 35 000 habitants recensés en 2015, c’est un peu le poumon de la partie nord du département. Cela dit, après 22h00, il ne se passe habituellement pas grand-chose, la ville s’endort calmement. Pour cette édition 2019, les Bastards l’ont voulu électrique et éclectique. Sont donc prévus au programme Paranoid Cats, Sweeping Death, Piedbouche et Yojimbo qui ont dû remplacer au pied levé Hellbats, forfaits suite à une blessure.

La salle du Millénium est un endroit optimal et à mon avis sous-utilisé. Elle pourrait brasser large si tant est que le public suit. Spacieuse, bien insonorisée et qui comprend une grande scène. L’accès y est facile ainsi que les stationnements dans les alentours. Une salle avec un certain cachet, spécialement le parquet qui recouvre le sol. Tout a été prévu par les Bastards et on découvre là aussi un talent d’organisateur. Tables et bancs sont disposés dans la cour près du Food Truck de la Pizz’A Papa chargé de remplir les estomacs de ces chevelu(e)s. Après l’entrée dans le bâtiment, un couloir nous conduit vers la salle d’un côté et les sanitaires de l’autre. Avant cela, la boutique strasbourgeoise Froc’n’roll avait posé certains de ses articles. Lorsque l’on connaît les difficultés économiques de ces boutiques, en lien avec la concurrence du web, nous avons là aussi un aspect important de l’esprit Rock’N’Roll voulu par les trois cavalieros. Même esprit pour la micro-brasserie locale de Framont qui a débiné pour l’occasion plusieurs litres de ses mousses blondes ou blanches (ils ont encore d’autres couleurs en stock mais n’avaient pas emmenés tous leurs fûts).

YOJIMBO-20190831-001Yojimbo prend pied sur scène un peu après 17h00, envoyant de suite un son bien gras chargé d’alerter la foule. L’audience reste encore disparate mais la toute nouvelle formation ne semble pas impressionnée. Il s’agissait de leur deuxième concert, même si nous sentons une expérience dans d’autres sphères pour plusieurs membres. Je parlais du son, parce c’est l’un des grands points forts et qui frappe d’entrée. Pour tous les amateurs de Stoner, nous entrons dans votre planète. Cette impression de se poser directement sur la poêle à frire et d’attendre la cuisson lente. Je voyais un chevelu tenter le headbang mais à cette vitesse, aucun risque de se faire un torticoli. On aurait dit un mulet remontant doucement sa charrette en haut de la colline. Chose étrange à première vue et qui pourrait paraître paradoxale : pas de guitare basse mais trois guitares à six cordes. Mais voilà, un bon ampli basse et un jeu centré sur les cordes les plus graves, plus peut-être un accordage différent et ça rend très bien. Pachydermique mais très propre. S’il s’agissait d’un combo expérimenté, une critique sur leur jeu de scène aurait pu se poser mais connaissant le contexte, aucun doute que ce point sera travaillé lorsque les compositions seront imprimées dans les doigts. D’ailleurs, parlons-en de ces compos, je les ai trouvées déjà bien chiadées avec une vraie recherche de diversité. Vous pouvez d’ailleurs écouter leur démo sur internet, nous vous mettons le lien en bas d’article. En outre, il ne pouvait pas y avoir de meilleur échauffement avec ce qui va suivre : l’arrivée du duo drômois des Paranoid Cats.

Bravo les gars, 600 bornes et tout ce pognon donné à Total et aux sociétés d’autoroute (dont 4,10 € pour un cookie désiré par notre photographe Kouni qui a fait le déplacement avec eux), déjà ça force le respect. Bon, personne ne leur a fait subir les concours de prononciation des bourgs de Sarrachbergheim, Niedershaeffolsheim ou Pfaffenhoffen, c’est déjà ça. Lorsque l’on voit un bassiste et un batteur s’installer, les préjugés pourraient nous préparer à un truc chiant centré sur de la rythmique. Pas du tout, en fait la basse c’est pas une basse. C’est un instrument qui a certes quatre cordes mais qui envoie l’intensité musicale d’un quatuor. François a d’ailleurs devant lui douze ou treize pédales différentes, ce qui lui laisse plusieurs combinaisons, en plus de pouvoir ajouter un capo. Je pense qu’il ne manquait que l’option slide pour avoir la panoplie complète du bassiste complètement dingue. Il fallait le voir s’envoler sur ses élans, on aurait cru voir apparaître Jimi Hendrix dans un halo de fumée. Mention aussi pour son compère Elias, batteur de 17 ans qui ne les fait pas. Le gars reste déjà carré comme le coin d’un parpaing mais en plus il use d’une frappe assourdissante sur ses fûts et cymbales. Cela renforce le coté planant et hypnotique. Paranoid Cats, c’est comme quand tu fais ta pâte à tarte. Tu poses ta boule sur le plan de travail et ensuite il faut l’étaler au maximum avec le rouleau à pâtisserie. Ben c’est ça : pose une basse Rickenbacker et étire-là au maximum. Un champ d’amélioration, sauf si c’est l’objectif d’envoyer des paroles inaudibles, se situe au niveau du chant. Je dis ça mais jouer et chanter en même temps, déjà pour quelqu’un qui gratouille juste, c’est chaud. Et c’est peut-être voulu d’avoir des vocalises crades, dans ce cas ce sont mes oreilles qui doivent s’habituer.

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PIEDBOUCHE-20190831-001Changement complet de style, de public et aussi de vêtements. Piedbouche sont des coreux du coin et ont été suivis par leur public au look bien différent des autres. Bermudas, casquettes, barbes longues, cheveux plutôt courts : voilà la tenue de combat. Un petit T-shirt « Make racsim wrong again » pour résumer l’esprit et puis c’est parti pour la castagne. Premiers circles pits, pogos et autres « kicks ». La musique des tripes, plus rythmique que mélodique. Revendication, colère, pas de quartier. Bien que le style ne soit pas ma tasse de thé, j’avoue que sur une petite session, ça a le mérite de remettre quelques idées en place. Et puis ce sentiment de colère, on est beaucoup à l’avoir au fond de soi et je comprends parfaitement l’attrait pour ce genre de message.

Encore un autre horizon avec les Allemands de Sweeping Death. Eux sont venus du sud de la Bavière, près des montagnes, avec un Heavy Metal teinté de prog. Nous avons assisté à un show qui a monté en puissance eu fil de la soirée, avec des compos de plus en plus alambiquées et des solo tortueux des deux gratteux. C’est clairement eux les deux moteurs de ce combo, les twin guitars ont dansé à cœur-joie, soutenues par une rythmique bien en place. Le chanteur, personnage peu souriant mais très charismatique, a montré une certaine versatilité vocale. D’un timbre à l’origine un peu limité, il a varié les styles de chant par son côté hargneux. Un peu à l’image des chanteurs d’Accept et très loin d’autres frontman teutons qui vont davantage dans les voix de tête. Leur musique ne se limite pas à un Heavy old school d’imitation mais cherche à travers quelques changements de rythmes et autres ruptures à créer le décalage qui surprend. Une découverte personnelle et un groupe que je vais continuer à suivre. À noter qu’il s’agissait là de leur première date dans notre pays.

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On termine la soirée avec les maîtres de cérémonie, les organisateurs et bienfaiteurs du Rock’N’Roll dans notre région : Iron Bastards. J’ai failli juste écrire : Voilà. Mais bon, je vais développer un peu. Remués comme des gardons qu’on vient de sortir de l’eau, les trois pistolieros ont souvent été quatre avec l’apport de Vince, leur roadie, chauffeur de salle et harmoniciste sur quelques titres. Ils ont profité de l’évènement pour enregistrer des images de leur clip à paraître en octobre. Les compos de Cobra Cadabra, leur dernier album en date ont été bien mises en avant, sans oublier les « tubes » plus anciens. Toujours cet esprit très « loud » et « fast » hérité de Tonton Lemmy, mais le difficile équilibre que vise le groupe se rapproche. Garder l’héritage et l’esprit des Londoniens tout en marquant la musique de leur propre identité. Ils ont aussi cette capacité à se rapprocher de tous les milieux, ce qui leur a valu les contacts aussi éclectiques qui ont animé le reste de la soirée. Depuis qu’ils tournent, les Bastards ont joué auprès de publics de Métalleux, Rockeurs, Coreux ou plutôt orientés Stoner en réussissant à chaque fois leur exercice de charme. Cette fois n’a pas manqué et les plus de 250 personnes présentes ont pu humer cette énergie pour la propager ailleurs et en tout les cas passer une excellente soirée.

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Il est plus de minuit lorsque les derniers accords raisonnent et il est temps de remercier tout le monde. Les Iron Bastards bien entendu pour l’orga mais aussi toute la famille autour d’eux : les bénévoles, les personnes au son, aux lumières, sans oublier ceux qui ont nettoyé les chiottes le lendemain. À l’année prochaine !

Report de Khaos

Photos de Kouni

Liens vidéos :

Yojimbo : https://www.youtube.com/watch?v=FNFRiYU0IR4&fbclid=IwAR26Aul6UD6P20HARBJuOJVw0DBXSVnodRJ5pOH_wLoiud7N55TPuI0TVtY

Paranoid Cats : https://www.youtube.com/watch?v=cLvjHXTn1yA

Piedbouche : https://www.youtube.com/watch?v=Xn_RUQJNe0U

Sweeping Death : https://www.youtube.com/watch?v=NRsGsa_oVRc

Iron Bastards : https://www.youtube.com/watch?v=akfLH1fTUpo